Partir pendant la crise : est-ce une bonne idée ?

Publié le 09 février 2009 Sylvie Laidet

Partira, partira pas ? Risqué pas risqué ? Pas facile en temps de crise de franchir le seuil de son entreprise pour aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs. Une chose est sûre, votre départ doit être motivé par de bonnes raisons. Conseils de pros et témoignages de cadres qui l'ont fait.

Oui, c'est une bonne idée de changer d'entreprise si votre situation en interne, est intenable et irréversible. « En cas de problèmes relationnels avec son management, de mauvaise ambiance et/ou si on ne croit plus à l'avenir des produits ou services de sa société, il faut bouger. Car, dans le contexte actuel, les choses ne vont pas changer », prévient Anne Saüt, dirigeante du cabinet Diversity Conseil.  

Oui, si l'on vous propose « LE » poste dont vous rêvez. « Attention tout changement doit s'inscrire dans un projet professionnel à moyen terme. Pas question d'accepter un nouveau poste similaire au sien, sans perspective d'évolution. Il faut soit gagner en responsabilité, soit gagner en expertise », insiste Nicole Prud'homme, directrice Talent Management chez Hudson.  Solène, 36 ans dont 15 ans d'expertise dans les études stratégiques, a hésité 3 mois avant d'accepter le poste de ses rêves qu'un ancien client lui offrait : « J'ai d'abord dit non car j'étais encore en période d'essai et les deux postes me paraissent identiques. Sauf qu'à la fin de ma période d'essai, le périmètre de mon poste avait déjà diminué à cause de la crise. En face au contraire, on me proposait un budget, une équipe, un lien hiérarchique direct avec le PDG et carte blanche pour innover justement parce que c'était la crise. Je gagnais sur tous les tableaux. Sans parler du salaire qui avait augmenté du fait que j'avais hésité... mais ça ce n'était pas fait exprès.»

Non, ne quittez pas l'entreprise si votre chef vous refuse une augmentation, une promotion ou une expatriation. « Souvent, l'employeur peut s'engager à répondre à ces attentes dans les trois ou six mois à venir, cela mérite peut-être un peu de patience, » insiste Anne Saüt.

Non, on ne change pas de boîte si l'on a des doutes sur la future nouvelle entreprise. Attention certains employeurs n'ont aucun scrupule à embaucher des cadres pour boucher les trous et à  s'en débarrasser à la fin de sa période d'essai qui dure désormais 4 mois, renouvelable une fois. Soit 8 mois, une durée largement suffisante pour mener une mission à bien... avant de prendre la porte soi-même. Une mésaventure qu'a connue ce cadre de la grande distribution spécialisée : « Sur 35 directeurs de magasins recrutés, 30 ont été licenciés ou, comme moi, sorti avant le 6e mois d'essai. Je l'ai découvert grâce à des témoignages sur l'Internet. Comme moi, ces personnes avaient été recrutées en CDI par cette enseigne renommée pour simplement boucher un trou dans un organigramme. »

Les précautions à prendre avant de signer le  nouveau contrat. Décortiquez la définition du poste visé. S'agit-il d'un remplacement ou d'une création de poste en lien avec un projet ? A quel stade du projet se trouve-t-on ? Quel est le budget prévu ? Qui seront les forces en présence ? Quel en est le calendrier ? Qui sera le boss ? « Crise ou pas, ces questions doivent vous permettre de décrypter si votre futur poste sera pérenne ou pas », insiste Jean-François Roquet, directeur général associé du cabinet François Sanchez Consultants.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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