À quoi leur sert leur mentor ? 4 cadres témoignent

Sylvie Laidet

Mentoring ? Mentorat ? Peu importe le terme, cette pratique désigne une relation privilégiée entre une personne expérimentée et un mentoré plus novice. Pour faire sortir le mentoring de sa zone souvent très conceptuelle, nous avons demandé à 4 cadres de nous raconter leur expérience de mentorés.
À quoi leur sert leur mentor ? 4 cadres témoignent

Alban Luherne, directeur d’Orange Money Afrique et Moyen-Orient

« En 2015, j’ai bénéficié du programme d’e-mentoring Octave proposé par la plateforme Unatti. Le principe était simple : comme un site de rencontres, on renseigne son profil et un algorithme se charge de le faire matcher avec celui d’un mentor. Pour moi cette démarche revêtait une double dimension. D’abord, il est toujours intéressant de se poser avec une personne plus expérimentée que soi –même si ici nous avions le même âge- pour échanger sur des thématiques déconnectées du business à proprement parlé. Et puis, ce programme de mentoring est interentreprises. La parole est complètement libre car les connexions entre les deux sociétés sont très éloignées. Du coup, les approches sont dénuées d’affect. Durant un an, j’ai échangé par mail mais aussi lors de rendez-vous matinaux avec mon mentor sur des problématiques quotidiennes de management et sur mon évolution de carrière. Par exemple, je m’interrogeais sur les meilleurs moyens de naviguer dans une organisation matricielle comprenant à la fois un patron fonctionnel et un patron hiérarchique. Le mentor n’a pas vocation à délivrer une vérité absolue. Ce sont au contraire ses questions et ses éclairages qui, en cheminant, m’ont permis de trouver mes solutions. Ce que ça a changé dans mon quotidien professionnel ? Difficile de mettre du tangible sur un programme de mentoring. C’est davantage une lame de fond qui permet au fil du temps d’évoluer dans le bon sens. Cela étant, parfois dans des situations factuelles, je tire évidemment des enseignements pratiques de nos échanges. Le mentoring est aussi un moyen d’étendre son réseau mais il ne faut surtout pas le voir comme un tremplin pour décrocher un nouveau job. Sinon, cela risque de dénaturer cette relation privilégiée ».

 

Grégoire Thomas, responsable du lancement de nouveaux produits et de la croissance de l’écosystème Kameleoon

« J’ai rencontré mon mentor lorsque je débutais dans le secteur du cinéma. À l’époque, c’était mon boss, un entrepreneur à succès. À travers des conversations régulières il m’a poussé à aller plus loin dans les questionnements liés à ma carrière. Il a su me mettre sur la bonne voie, en l’occurrence le digital, m’a aidé à grandir tout en adaptant son discours à mon évolution, à mon niveau de maturité professionnelle, en me divulguant les bonnes clés au bon moment. Aujourd’hui, nous sommes dans l’échange et l’émulation intellectuelle réciproque. Sans que rien ne soit vraiment prédéfini, nous échangeons des mails réguliers et déjeunons ensemble une fois par trimestre pour faire un point sur nos chantiers en cours. Il me conseille ainsi sur le meilleur moyen d’atteindre mes objectifs. Récemment, nous avons également évoqué le management pour savoir comment pousser une équipe et générer de l’enthousiasme. Le fait que mon mentor n’appartienne pas à mon secteur d’activité est une force car je m’enrichis de bonnes pratiques transverses. J’ai également beaucoup de plaisir à le conseiller sur ses propres problématiques. Au bout de 6 ans, nous avons créé une véritable relation de confiance qui va bien au delà de la simple sphère professionnelle. C’est une force ».

 

Laurent Bourdeau, fondateur du cabinet Alga et chargé de mission auprès de l’association Des mentors dans la ville

« À l’époque, j’étais un jeune ingénieur de 25 ans et je travaillais avec un technicien de 50 ans avec qui j’avais du mal à communiquer. Mon supérieur m’a alors conseillé d’aller voir un certain Bernard mais sans m’en dire plus. J’ai donc frappé à sa porte. La première fois, nous n’avons pas évoqué mon "problème" car c’est toujours dur d’exposer ses faiblesses. Et puis, au fil des semaines, s’est créée une relation particulière et j’ai fini par lui parler dudit problème. Sa réponse a été une… question. "Dis-moi Laurent, quand tu demandes quelque chose à ce technicien, quel pronom utilises-tu ?". J’ai réfléchis et répondu le "nous". Là, il m’explique que je devrais peut-être employer le "je". Cette conversation a été le point de départ d’un changement radical de ma perception des relations humaines. Au fil de nos échanges toujours plus ou moins informels, Bernard, qui était en fait responsable qualité donc sans lien hiérarchique avec moi, m’a apporté plus de questions que de réponses. Un mentor, c’est ça. C’est une personne qui aide le mentoré à se poser les bonnes questions. Ce n’est pas un sachant mais un accompagnant qui livre sa vision des choses plutôt que des conseils. Ainsi, le mentoré dispose de davantage de place pour faire ce que bon lui semble et trouver ses propres solutions. Il m’a également amené vers des lectures déterminantes. Dans mon cas, il s’agissait plus d’un mentor de développement que d’un mentor de carrière. Ce dernier s’intéresse en effet plus à la trajectoire professionnelle du mentoré. Il lui ouvre son réseau, le conseille dans ses choix stratégiques et est très actif pour qu’il réussisse. Tout est orienté carrière. Un mentor de développement aide l’autre à se développer, ce qui influe nécessairement sur sa carrière aussi ».

 

Julien Blaise, directeur marketing de QuickBooks France

« Même si nous n’avons jamais employé le terme de mentor, je considère Cédric Ménager, le DG d’Intuit comme mon mentor. Depuis son arrivée il y a presque deux ans, nous entretenons une relation de confiance privilégiée au fil des semaines. Une fois par mois, mais aussi au cours de discussions tout à fait informelles, nous échangeons sur des réalités complètement déconnectées des réalités du terrain de notre business. Récemment, nous avons échangé sur le management et ce que cela signifiait de devenir manager. J’ai pu lui livrer ma vision des choses à savoir une pratique amicale et relax dans les relations avec mon équipe. J’ai également pu recueillir son analyse sur le sujet. Ses retours et ses conseils m’aident aujourd’hui à me sentir plus à l’aise avec mon rôle de manager. Nos conversations me servent aussi à faire des arbitrages. Le fait, qu’elles interviennent bien en amont des situations, me permet d’éviter les plantages dans mon job. Mais attention, pour moi, un mentor n’est pas un copain. Il peut nous arriver de faire des debriefs après le boulot autour d’une verre ou en pratiquant la course à pied ensemble à l’heure du déjeuner mais la barrière entre vie pro et perso demeure. C’est essentiel dans ce type de relation ».

 

Propos recueillis par Sylvie Laidet

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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