Vie pro et vie perso : comment les cadres trouvent-ils l’équilibre ?

Publié le 24 octobre 2014 Elodie Buzaud

4 cadres sur 10 estiment qu’ils consacrent trop de temps à leur travail, et pas assez à leur vie privée. Pour savoir comment font ceux qui ont réussi à trouver l’équilibre, Cadremploi a interrogé Fabienne Autier, co-auteur d’une enquête qualitative sur les cols blancs.
Vie pro et vie perso : comment les cadres trouvent-ils l’équilibre ?

Cadremploi : Dans votre enquête*, vous avez longuement interrogé 100 managers, de 25 à 60 ans, dans des organisations diverses (publiques, privées, PME, grands groupes, de différents secteurs d’activité). Comment tentent-ils d’équilibrer leurs vies professionnelle et personnelle ?

Fabienne Autier : Cela dépend des âges. Pour les jeunes, le travail est clairement la priorité, mais ils essaient de maintenir des temps de loisir et de sport en se fixant des règles. Par exemple, tel soir, ils sortent entre copains, tel midi, ils vont déjeuner avec des collègues dont ils sont proches, tel autre jour ils vont courir, etc. Ceux qui sont un peu plus avancés dans la vie cherchent à garder du temps pour leurs projets personnels, leur famille. Comme ils se connaissent mieux, ils sont plus efficaces. Certains choisissent d’arriver tôt le matin, avant que tout le monde soit là, pour avancer sur des dossiers de fond, au calme. D’autres préfèrent rester plus tard le soir et accompagner leurs enfants à l’école le matin. Il y a aussi ceux qui négocient une journée en télétravail, on en voit de plus en plus. Certains décident de ne pas dépasser 45 minutes de réunion, de ne plus travailler le soir et le week-end Les managers propagent souvent ces principes à leurs équipes. Quand on fait ça, on est plus légitime et plus fort pour dire « moi, à 18h, je m’en vais » !

 

Ce n’est pas mal vu aujourd’hui de dire « moi, à 18h, je m’en vais », quand on est cadre ?

F.B : On pourrait se dire ça, oui, mais en fait, pas du tout ! Les cadres qu’on a interrogés étaient plutôt, au contraire, en situation de réussite : reconnus par leurs organisations, régulièrement promus, etc. Si vous continuez d’être efficace dans votre travail, personne ne vous le reprochera. En contrepartie, il faut s’attendre à ce qu’en face, vous soyez un peu challengé, donc vous avez plutôt intérêt à être performant !  

Qui sont les cadres qui parviennent le mieux à gérer vie pro et vie perso, parmi ceux que vous avez rencontrés ? 

F.B. : Ce sont les cadres en dernière partie de carrière. D’une part, parce qu’ils sont plus efficaces, ont appris à déléguer, et de l’autre, parce qu’ils profitent des aménagements de temps de travail, permis par les accords de fin de carrière [propres à chaque entreprise, ndlr]. Certains peuvent ainsi se libérer une journée par semaine pour faire autre chose. Mais ce qui est le plus impressionant, ce sont ceux qui prennent des initiatives pour faire coïncider leurs projets personnels et leur emploi. Comme ce cadre de chez Total qui voulait transmettre son savoir. Il a eu l’idée de monter un dispositif qui permet aux salariés de l’entreprise d’enseigner dans des écoles, dans leur domaine d’activité. Il a proposé à Total de s’engager dans la démarche et maintenant, l’entreprise offre aux salariés qui le souhaitent d’y participer, à hauteur de 10 jours par an, payés par l’entreprise. Sur les 30 000 salariés, 500 sont devenus en partie profs, et ils ont tous plus de 50 ans.

 

Cadremploi : Que dit la loi au sujet de l’équilibre des temps de vie pour les cadres ?

F.B : Pas grand-chose puisque, par définition, pour les cadres elle ne légifère pas. La bonne piste ce sera plutôt de chercher à contractualiser avec son manager. De façon informelle, en lui disant « j’ai besoin de 2 heures par jour seul, pour avancer sur mes dossiers, je ne peux pas être en réunion toute la journée ». Ou : « je préfère venir un peu tôt le matin pour travailler avant les sollicitations de collaborateurs, la contrepartie c’est que je serai parti à 18h ». Si vous arrivez à vous mettre d’accord avec votre manager sur une journée de télétravail par semaine, par contre, là c’est formel, il faut faire un avenant à votre contrat de travail, pour des questions d’assurances, etc. Si vous suivez une formation sur votre temps de travail, ça passe aussi par du contractuel. Mais ce qui ressort, c’est que c’est une démarche personnelle. Jamais, l’organisation ne vous dira formellement « tu ne dois pas rester au-delà de 18h, ou tu ne dois pas travailler le week-end ».

*Enquête sur la motivation au travail réalisée auprès de 100 managers interrogés pendant 2 heures chacun, en face à face, par Fabienne Autier, professeur-chercheur en management des RH à l’EMLyon Business School et Sanjy Ramboatiana, fondateur du cabinet de conseil en RH Evoluance, dans le cadre de leur ouvrage, Travailler, pour quoi faire ? publié en septembre 2014 aux éditions Gereso (12,99 euros).

Elodie Buzaud
Elodie Buzaud

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