La falaise de verre : le phénomène des femmes cheffes en période de crise

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Theresa May, Liz Truss, Mary Barra, Carly Fiorina et Marissa Mayer, ces noms de femmes vous disent quelque chose ? Respectivement anciennes premières ministres du Royaume-Uni, PDG de General Motors, ex-PDG de Hewlett-Packard et ex-PDG de Yahoo, elles ont pour point commun d’avoir été nommées à la tête de leur pays ou de leur entreprise en pleine période de crise. Leur objectif ? Relever le pays ou relever l’entreprise. Ce phénomène s’appelle la falaise de verre. Malgré une sous-représentation notable des femmes dans l’entrepreneuriat, les femmes sauveteuses sont appelées en renfort en pleine tempête. Mais si elles échouent, à qui la faute ? C’est bien Eve qui a croqué la pomme causant la perte d’Adam… Bis repetita avec Pandora. Le phénomène n’est donc pas nouveau. Qu’est-ce que la falaise de verre ? Pourquoi les femmes sont-elles choisies pour affronter les crises ? Quelle est la place des femmes dans le management ? Découvrez nos explications.
Falaise de verre

Définition et origine de la falaise de verre

La falaise de verre consiste à confier davantage de responsabilités aux femmes, en période de crise. Leur mission est de relever l’entreprise, alors que la survie de cette dernière ne tient qu’à un fil

Pour la cheffe d’entreprise qui doit vite relever la barre, le risque d’échec est élevé. Elle se tient au bord d’une falaise. Si elles échouent, elles tombent et volent en éclats.

Autrement dit, le risque d’échec apparaît comme la contrepartie de l’ascension des femmes dans l’échelle des responsabilités sociétales.

Avec cette définition, la métaphore de la falaise de verre prend tout son sens. 

Le phénomène de la falaise de verre, glass cliff en anglais, est né en 2005. Il est nommé ainsi par les chercheurs britanniques de l’Université d’Exeter. Michelle K. Ryan et Alexander Haslam. Leurs travaux consistaient à examiner le lien entre la performance des entreprises cotées et la nomination de femmes au conseil d’administration. Le résultat est sans appel, ce sont les situations de crise qui mènent les femmes à des postes de leadership.

La falaise de verre flirte dangereusement avec à une forme de discrimination de genre.

À noter : le concept de falaise de verre ne signifie pas pour autant que les hommes ne sont jamais à la tête d’entreprise dans la tourmente. Mais bien que les femmes sont surreprésentées dans ce type de situation.

Quelles crises peuvent être gérées au bord de la falaise de verre ?

Dans l’imaginaire professionnel de certains, la femme bouc-émissaire serait plus à même d’affronter les tempêtes et de maintenir le bateau à flot. 

Les types de crise en entreprise peuvent être :

  • économiques ;
  • politiques ; 
  • environnementales.

Concrètement, la falaise de verre peut être mise en place lorsque la société obtient des mauvais résultats, essuie des départs massifs de salariés, a des difficultés de recrutement, a des difficultés d’approvisionnement ou subit de plein fouet une mauvaise conjoncture économique ou un scandale public. 

Le champ d’intervention des femmes cheffes d’entreprise est donc très large.

Les femmes sont-elles nombreuses à la tête d’entreprises françaises ?

Le constat est édifiant. En décembre 2022, d’après la dernière étude publiée par BPI France, sur 49 % de femmes actives, seules 12 % dirigent une PME ou une ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire). 

La clé de répartition de leur pouvoir de direction est largement inégale :

  • 8 % des femmes cheffes d’entreprise dirigent une entreprise de plus de 100 salariés.
  • 6 % des femmes cheffes d’entreprise dirigent une entreprise de plus de 250 salariés.

La falaise de verre à ne pas confondre avec le plafond de verre

Le cousin de la falaise de verre se nomme le plafond de verre, glass ceiling en anglais. 

Il désigne le fait que le top management, le comité de direction (codir) et le comité exécutif (comex) ne sont pas équitablement accessibles à tous. Concrètement, les femmes et les minorités accèdent rarement aux postes de décideurs, à la différence de leurs pairs masculins de type européen. Autrement dit, elles ne peuvent pas se distinguer et décrocher les plus hautes responsabilités par la qualité de leur travail.

Les métaphores de la falaise de verre et du plafond de verre mettent toutes deux en lumière des différences de sexe dans les hautes sphères dirigeantes des entreprises. Mais elles se distinguent en ce que :

  • Dans l’une, une femme est parvenue à se hisser à la tête de l’organisation mais ses actions sont perdues d’avance.
  • Tandis que dans l’autre, elles ne pourront jamais y accéder en période de stabilité.

Pourquoi choisir une femme à un poste de direction en temps de crise ?

Une intéressante étude publiée en 2021 par 4 chercheuses au département de psychologie sociale de l’université de Genève révèle les raisons d’un choix féminin à un poste de direction en temps de crise

Les dirigeantes d’entreprise sont nommées pour leurs soft skills liées aux stéréotypes de genre. Comme la capacité d’écoute, l’intelligence émotionnelle ou la sensibilité. 

Mais pas que, puisque le résultat de l’étude démontre que dans 63 % des personnes interrogées, après lecture de plusieurs CV, une candidate aux caractéristiques masculines a été choisie pour gérer une entreprise dans la tourmente, contre 41 % pour une entreprise qui génère de bons résultats. 

C’est donc que les softs skills réputées “masculines”, comme la détermination et la confiance en soi, sont privilégiées en cas de crise.

Ce qui va à l’encontre de la réalité de terrain. Mais alors pourquoi ce sont souvent des femmes nommées en temps de crise ?

L’étude donne des pistes de réponse. On retrouve des femmes décideurs par le symbole qu’elle véhicule. En mettant le sexe féminin à la tête de l’entreprise, c’est tout un symbole de changement et de rupture avec le passé lorsqu’il ne fait plus ses preuves qu’elles emportent avec elles. Les femmes dirigent avec des particularités qui leur sont propres. Comme le courage de prendre des décisions et une grande agilité

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire notre article « Quand ça va mal, on nomme une femme » : vrai ou faux ?

Un phénomène qui ne touche pas que les femmes

Avec la falaise de verre, la promotion des femmes dans la pyramide des responsabilités de l’entreprise est liée avec l’acceptation d’une prise de risque. 

Ce phénomène d’appel à la rescousse quand tout est quasi perdu d’avance ne concerne pas que le sexe féminin.

Les minorités ethniques, culturelles, religieuses, politiques sont aussi touchées. À l’image du nouveau Premier ministre Anglais Rishi Sunak ?

Conclusion

La falaise de verre tend à s’installer confortablement dans le paysage entrepreneurial mais aussi politique. Les femmes sont appelées en renfort lorsque leurs pairs masculins ont mené les entreprises vers de graves difficultés. Figure du changement, elles font face à une triste alternative. Échouer et endosser seules les responsabilités. Réussir et, une fois la crise passée, voir un dirigeant masculin réapparaître.

Pour faire bouger les lignes, il “suffit” d’inverser le prisme : plutôt que de dire puisque qu’on a rien à perdre, confions les rennes de l’entreprise à une femme pour nous relever. Confions d’office les rennes de l’entreprise à une femme pour ne pas connaître d’échec ! La réalité est bien plus complexe.

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