Qu'est-ce que l'effet Zeigarnik chez un salarié

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Avant même d’intégrer votre entreprise, vous avez subi et/ou profité de l’effet Zeigarnik. Étudiant, vous vous êtes senti angoissé à l’idée de tout ce qu’il vous restait à apprendre pour réussir votre examen. Une fois tout assimilé et retranscrit le jour J, vous avez oublié une bonne partie de ces apprentissages théoriques. C’est le phénomène décrit par l’effet Zeigarnik. Le comprendre vous permettra d’en faire une force dans votre vie professionnelle.
effet Zeigarnik chez un salarié

L’effet Zeigarnik à la loupe

De la théorisation de l’effet Zeigarnik…

C’est en observant des serveurs dans un café de Vienne que la psychologue de nationalité russe, Bluma Zeigarnik, a mis le doigt sur ce qui est devenu l’effet Zeigarnik. Elle remarque que les serveurs sont doués d’une grande capacité de mémorisation des commandes qui leur sont passées jusqu’à ce qu’elles soient servies. Une fois réglées par les clients, les commandes sont aussitôt oubliées par ces serveurs. Et si la mémoire courte est travaillée chaque jour par ce type de professionnels, elle n’en demeure pas moins surprise par leur capacité à retenir les requêtes jusqu’à ce qu’ils y aient répondu et à libérer leur mémoire pour les commandes suivantes. Mais elle ne limite pas à cette intuition et conduit une expérience qui viendra confirmer son idée. Plus scientifiquement, la psychologue conclut que le souvenir d’une mission inachevée est plus fort que celui d’une mission achevée. Elle juge que le fait que la tâche soit en cours d’exécution crée une tension durable. Une tension qui peut être source de motivation, mais aussi de stress. Nous verrons ensuite comment cela se répercute en bien ou en mal dans le monde de l’entreprise.

… à l’approfondissement de ces découvertes

L’effet Zeigarnik a particulièrement intéressé un grand spécialiste de la mémoire, John Baddeley. Pour confirmer les découvertes de la psychologue russe Bluma Zeigarnik, il initie une expérience. Des étudiants doivent tenter de résoudre une série d’anagrammes dans le temps imparti et recevaient la réponse correcte lorsqu’ils ne parvenaient pas à trouver la solution. Il a ensuite interrogé les participants quelques jours plus tard. Ceux-ci avaient plus gardé en mémoire les anagrammes qu’ils n’avaient pas su résoudre que ceux qu’ils avaient solutionnés. La conclusion du spécialiste : le souvenir des tâches inachevées est plus fort que celui des missions accomplies pour le cerveau humain. John Baddeley confirme ainsi l’étude de l’effet Zeigarnik. Un effet de la psychologie dont il est préférable d’avoir conscience afin d’en tirer parti plutôt que de le subir.

Effet Zeigarnik

Les répercussions de l’effet Zeigarnik au travail ?

L’effet Zeigarnik est-il positif ou négatif ? C’est la question que nous pouvons naturellement nous poser. D’un côté, il est une arme de mémorisation massive. De l’autre, il accroît la charge mentale. D’un côté, il nous incite à éviter la procrastination. De l’autre, il fait naître des pensées intrusives dans notre vie personnelle et dans notre esprit. C’est notamment le cas lorsqu’un ou plusieurs projets importants nous empêchent de dormir. Concrètement, le salarié va se focaliser sur les tâches restant à accomplir et mettre de côté celles qui ont abouti. Certes, cela paraît naturel, mais le risque pour le salarié est grand de se retrouver en stress perpétuel. L’achèvement d’une mission lui provoque une certaine satisfaction, mais cet effet est de courte durée puisque les missions encore en cours prennent aussitôt le relais. C’est pourquoi il est nécessaire de prendre conscience de l’effet Zeigarnik sur notre psychologie et notre cerveau pour éviter de tomber dans son piège et d’essayer d’en faire une force pour notre productivité.

Comment gérer l’effet Zeigarnik au travail ?

Éviter les risques de l’effet Zeigarnik au travail

Anxiété, pensées parasites, accroissement de la charge mentale… l’effet Zeigarnik peut nous conduire jusqu’au burn-out. Si on se laisse dominer par ce mécanisme psychologique, on peut facilement perdre pied. Seules les missions ou les tâches non achevées revêtent de l’importance. Le salarié travaille alors dans une situation de stress et d’angoisse à l’idée de ne pas réussir à tenir les délais qui lui ont été fixés. Or, cet état d’esprit n’est pas favorable pour réaliser un travail sérieux. Il risque de procéder trop vite et de faire des erreurs. Son mal-être au travail augmente et il peut se retrouver au cœur d’un cercle vicieux duquel il est difficile de s’extraire.

Pourtant, le fait de connaître cet effet Zeigarnik et de comprendre notre fonctionnement neuronal peut permettre de se raisonner. Pour certains, le développement d’outils sera nécessaire. Ainsi, pour ne pas voir tout en noir, vous pouvez adopter et adapter la méthode Kanban utilisée initialement dans les usines Toyota. Les ouvriers se voyaient distribuer une fiche avec les missions et les tâches à exécuter dans la journée. Le simple de fait de pouvoir se reporter à cette fiche permettait d’alléger la charge mentale et l'esprit des ouvriers qui pouvaient se concentrer sur leur mission prioritaire. Dans le cadre d’un travail de bureau, vous pouvez utiliser un tableau avec des colonnes "à faire en priorité", "en cours", "terminé". Inscrire chaque tâche sur un post-it permet de passer la mission ou la tâche d’une colonne à l’autre. Voir s’accumuler les post-it dans la colonne "terminé" est efficace pour se rendre compte de l’avancée de son travail et voir les choses plus positivement en se focalisant un peu moins sur ce qu’il reste à faire. Cette technique sera particulièrement appréciée par ceux qui éprouvent une grande satisfaction à cocher leur to do list.

Faire une force de l’effet Zeigarnik au travail

Vous pouvez non seulement limiter l’impact négatif de l’effet Zeigarnik, voire l’annuler, mais aussi en tirer parti, car cet effet a aussi ses bons côtés. Il a tout d’abord l’avantage de susciter la motivation des salariés qui vont rechercher leur dose d’endorphine ressentie au moment de l’aboutissement d’un projet. En outre, nous avons vu que notre mémoire des missions et des tâches inachevées était très performante. Inutile, dans ce cas, de craindre d’oublier ce qui nous anime professionnellement. Faire des pauses peut même accroître la capacité à stocker des informations. C’est en cela que l’effet Zeigarnik peut représenter un atout dans votre travail. En avoir conscience peut finalement vous rassurer et vous éviter les pensées intrusives hors contexte professionnel. Cette connaissance du phénomène doit également vous inciter à éviter de pratiquer le multitasking. Une tâche après l’autre, c’est la méthode de travail privilégiée par les techniques Pomodoro et Timeboxing pour mieux planifier son travail et gagner en productivité.

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