Délégué syndical : un frein pour sa carrière ?

Publié le 24 novembre 2010 Céline Chaudeau

Certains clichés ont la vie dure. Un représentant du personnel doit-il faire une croix sur toute ambition professionnelle ? Pas forcément...

 

D'abord, un cas d'école. C'est l'histoire d'un agent administratif employé dans une banque du Gers depuis 1973. Elu délégué CFDT en 1989, il s'étonne de ne jamais avoir été promu depuis. Victime de discrimination syndicale ? Oui. La Cour de cassation a tranché en sa faveur en 2009.

 

Les arguments sont classiques. Selon son employeur, il n'avait jamais manifesté la volonté d'être promu ni été traité différemment de ses collègues. Or le salarié a présenté plusieurs fiches d'évaluation annuelle où la direction citait ouvertement ses activités syndicales et les « perturbations » qu'elles entraînaient dans la gestion de son emploi du temps. Dès lors, sa cause est entendue. Car le Code du travail (articles L1132-1 et L2141-5) est très clair sur ce point : « La discrimination syndicale consiste à écarter une personne notamment d'une procédure de recrutement ou de l'accès à un stage, de la sanctionner ou de la licencier en raison de son appartenance syndicale. »

 

« Le délégué syndical n'est pas dans les petits papiers »

 

Un délégué syndical peut-il espérer faire une carrière « normale » ? « Difficilement », confirme Anne, 42 ans, représentant du personnel depuis dix ans dans une société de communication. « Par essence, le délégué syndical n'est pas dans les petits papiers de sa direction, sourit-elle. C'est un empêcheur de penser en rond. Il doit résister aux pressions. Quand j'ai été élue, mon patron a essayé de m'intimider en me suggérant, à plusieurs reprises, d'atténuer certains conflits 'dans notre intérêt à tous'. Il s'est calmé le jour où je lui ai suggéré à mon tour de relire l'article L2323-1 du code du travail. »

 

Au cas où la direction l'aurait oublié, le comité d'entreprise a pour objet d'assurer une expression collective des salariés permettant « la prise en compte permanente de leurs intérêts ». Pas ceux de l'employeur, nuance. Malgré tout, Anne n'a pas fait une croix sur sa carrière. « Je crois que je les ai eus à l'usure », plaisante-t-elle. Conseil d'amie syndiquée : si une promotion vous est refusée, faites le consigner dans votre entretien annuel d'évaluation et exigez une explication argumentée par écrit. « Au besoin, bout de plusieurs refus, les prud'hommes trancheront... »

 

Représentant du personnel, et après ?

 

Qui a dit que l'engagement syndical signait forcément la fin d'une carrière ? Pas Laurent Quintreau en tout cas. Créatif, concepteur et rédacteur chez Publicis, il a délibérément choisi de mener une carrière syndicale. Celui qui se définit comme « cadre et syndiqué » rappelle volontiers que les carrières « ne sont plus rectilignes comme avant ». En 2006, il publie même un excellent roman, Marge brute, nourri de son expérience. « Le syndicalisme peut fermer des portes, mais il en ouvre d'autres, plus intéressantes et pertinentes pour moi », dit-il.

 

Autre trajectoire surprenante, celle de Yannick Vautier. Ancien délégué syndical CFDT et secrétaire du comité d'entreprise chez la société textile Enia, il monte au front pour sauver le maximum d'emplois quand l'entreprise subit une restructuration. Mais voilà qu'au moment où il pense perdre son emploi, on lui propose un poste à... la direction des ressources humaines ! Pourquoi refuser ce virage professionnel ? « J'ai saisi la perche qu'on me tendait en délimitant bien le périmètre de mes responsabilités, justifie-t-il. Si j'étais parti avec une belle enveloppe financière, on me l'aurait aussi reproché. A ce nouveau poste, je veux rester le même. » Une belle promotion, enfin. Après trente ans de carrière et de syndicalisme...

Céline Chaudeau
Céline Chaudeau

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