Harcèlement au travail : comment s'en sortir ?

26 mai 2010 Tiphaine Réto

Il touche de plus en plus de cadres. Pourtant peu de salariés osent s'élever contre le harcèlement moral. Une définition floue et des procédures longues entravent l'envie de s'en sortir. Pourtant, d'autres solutions existent.
  1. Une définition tardive
  2. Des formes variées de harcèlement
  3. Des procédures longues et complexes
  4. Ecrire au PDG

Selon une enquête de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, 5 % des travailleurs de l'Union seraient victime de harcèlement moral. Un chiffre bien en-dessous de la réalité aux dires des spécialistes.

L'association Harcèlement moral Stop (HSM) compte jusqu'à 11 000 prises de contacts par an de personnes en détresse au travail. « De plus en plus de cadres nous contactent. 30 % sont des seniors », constate Loïc Scoarnec.

Et combien restent à se taire ? « A mon sens, un salarié sur mille parle de sa détresse, tous les autres souffrent en silence », estime Alina Paragyios, avocate en droit du travail au barreau de Paris.

Une définition tardive

Peur des représailles, dévalorisation de soi, manque d'écoute des collègues ou de la hiérarchie... les causes du silence sont nombreuses. D'autant que le harcèlement moral n'est défini que depuis 2002 par le code du travail. Il se manifesterait par « des agissements répétés » amenant à une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel.

 

Des formes variées de harcèlement

Une définition longue, mais pas forcément précise. « Ni la loi, ni la jurisprudence n'indiquent ce que sont ces « agissements » et leurs réelles portées, regrette Alina Paragyios. Or le harcèlement au travail prend souvent des formes variées. » Même avis pour Loïc Scoarnec : « Au début, on l'assimilait à une attitude négative d'une personne vers une autre. Aujourd'hui, on peut s'inquiéter du harcèlement stratégique, opéré par la hiérarchie pour diminuer sa masse salariale, ou du harcèlement institutionnalisé devenu une méthode de management de certaines grandes entreprises. »

Des procédures longues et complexes

Au flou de la définition viennent s'ajouter des procédures complexes. « En pénal, un harceleur risque jusqu'à un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende, affirme Alice Paragyios. Mais il est souvent nécessaire d'avoir un ou deux témoignages, en plus de preuves matérielles comme les échanges de mails, de courriers ou de SMS. C'est difficile à réunir. »

Même difficulté pour les plaintes au civil. En 2006, les conseils des Prud'hommes ont traité 250 000 dossiers. Seul un quart ont obtenu condamnation. « Les dossiers sont tellement nombreux que s'ils ne sont pas bétonnés, aucun conseiller ne va prendre le temps de les ouvrir, se désole Loïc Scoarnec. Je viens d'en déposer un à Melun... il sera traité en 2012. »

Ecrire au PDG

Pour autant, des solutions existent pour faire entendre son mal-être. Les délégués du personnel, les représentants du CHSCT, la médecine du travail... les intermédiaires sont nombreux pour lancer une enquête en interne. « J'encourage aussi à envoyer un courrier au PDG en expliquant la situation, sans inculper quiconque, sans parler de harcèlement, juste en posant les faits. C'est lui le représentant légal de l'entreprise et c'est lui qui se fera taper sur les doigts en cas de soucis », poursuit Loïc Scoarnec.

Une précaution soutenue par Alina Paragyios : « Si vous voulez ensuite porter plainte, la législation impose aujourd'hui d'avoir prévenu au préalable votre employeur. » Et faites fi des retombées : la loi, pour le coup, vous protège bien. « Le harcèlement au travail est un tueur de l'ombre, reprend Loïc Scoarnec. Il vous atteint professionnellement, socialement, familialement. Il faut demander de l'aide le plus vite possible. »

Tiphaine Réto
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