Les conséquences d'un coup de colère

Publié le 1 octobre 2003 Sylvia Di Pasquale

Quand la fièvre monte au bureau et que s'envolent les noms d'oiseaux, on est tenté de claquer la porte. Une façon d'exprimer son mécontentement contre un collègue ou son boss, mais aussi une bonne manière de désamorcer une situation qui pourrait dégénérer en pugilat général.
  1. Claquer la porte : une démission tacite ?
  2. Salarié sous pression et rupture de contrat

Ce geste radical, qu'il dure quelques minutes ou quelques heures, est-il irrémédiable ? Comment le législateur considère-t-il la mini révolte d'un salarié ?

Claquer la porte : une démission tacite ?

Le code du travail est plutôt conciliant envers les impulsifs. Évidemment, les heures passées à ruminer hors de leur bureau pourront être retenues sur le salaire des insurgés, mais s'ils ne prolongent pas leur bouderie, elle ne peut en aucun cas être assimilée à une démission tacite. Un patron qui s'obstinerait dans cette interprétation pourrait se voir condamné à verser des dommages et intérêts à son salarié. Car une démission, pour être sans équivoque, doit absolument être notifiée par écrit. Un licenciement sur le seul mobile de cette courte absence n'est pas plus recevable, à condition qu'elle ne se prolonge pas. Sinon, le boss peut invoquer un abandon de poste. Mais avant d'en arriver à une telle extrémité, il doit absolument faire parvenir à son salarié une mise en demeure de reprendre le travail.
Ces diverses protections de l'employé s'entendent uniquement lorsque ce dernier s'est contenté de prendre la poudre d'escampette. Car s'il y a échange de coups, insultes ou prise à témoin d'un client, le patron peut estimer qu'il y a un préjudice à sa personne ou à son entreprise et alors invoquer un licenciement. Mais la législation restant floue sur ces points, les tribunaux jugent ce type d'affaire au cas par cas

Salarié sous pression et rupture de contrat

L'examen particulier de chaque cas par le tribunal est également de mise lorsqu'un employé quitte son entreprise sur un coup de tête, sans démissionner et en refusant de la réintégrer sous le prétexte que son boss a rompu le contrat. Cette méthode est risquée car les Assedic considèreront qu'il s'agit d'une démission, et n'octroieront pas d'indemnités jusqu'à ce qu'un tribunal rende un avis contraire. Un jugement généralement rendu en cas de harcèlement moral ou sexuel. Cette procédure longue et difficile doit être étayée par un solide dossier. C'est pour cela que, malgré toutes les pressions subies, un salarié n'a jamais intérêt à claquer la porte lorsqu'il est victime de ce type de méfaits. Plutôt que de partir sur un coup de tête, mieux vaut suivre les conseils de son avocat. Ces démarches peuvent prendre du temps, mais comme la vengeance, la justice, lorsque elle est bien rendue, se savoure froide.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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