Cadremploi.fr  > Conseils > Droit du travail > Négocier une rupture conventionnelle : les stratégies qui fonctionnent

Négocier une rupture conventionnelle : les stratégies qui fonctionnent

negocier-une-rupture-conventionnelle--les-strategies-qui-fonctionnent-

Envie de quitter votre job sans démissionner ? Une solution existe : la rupture conventionnelle. Encore faut-il convaincre votre employeur de la signer. Voici la marche à suivre et trois stratégies qui ont fait leurs preuves… mais ne sont pas sans risques.

Mener l’enquête

Vous voulez une rupture conventionnelle ? La première chose à faire, c’est de vous renseigner sur la politique de votre entreprise en la matière. En accorde-t-elle ? Ou, au contraire, refuse-t-elle d’en signer ? Pour le savoir, mener votre enquête. « Autour de la machine à café, les gens parlent facilement. C’est le moment de faire marcher son réseau », conseille Me Julien Boutiron, avocat en droit du travail. Vous pouvez aussi vous rapprocher des représentants du personnel mais pas sûr qu’ils soient informés de ce type de procédure si eux-mêmes n’ont pas épaulé les partants. « Observez également le turn over et contactez les salariés qui ont quitté l’entreprise pour connaître leur condition de départ. Toutes les conventions de rupture conventionnelle ne comportent pas de clause de confidentialité », observe Me Boukez.

Choisissez votre interlocuteur

Une fois que vous en savez un peu plus sur les pratiques de votre entreprise en matière de rupture conventionnelle, vous devez identifier la personne à qui vous allez en parler. Votre manager direct (sauf si vous voulez partir à cause de lui), votre N+2, votre RH ou le dirigeant, surtout si vous travaillez dans une PME. « Il faut exposer sa demande à la personne la plus à même d’accepter ou trouver le contact capable de convaincre le décisionnaire qui, a priori, serait contre si vous veniez vous-même lui exposer votre requête », recommande Me Boutiron. Gardez en tête que votre employeur n’a de toute façon pas envie d’une grande publicité autour d’une rupture conventionnelle, donc n’en dites rien à vos collègues.

Parlez-en  

Nos deux experts en droit du travail sont unanimes sur le sujet : pas de demande écrite mais une négociation orale. « La rupture conventionnelle est une négociation entre deux parties qui doivent tomber d’accord pour qu’elle soit effective. Le meilleur moyen de pousser son interlocuteur à accepter est de l’inciter à penser que la décision vient de lui et qu’il va pouvoir en tirer des avantages », estime Me Boutiron. Vous devez donc élaborer votre stratégie. Dire que vous ne voulez pas démissionner n’est évidemment pas un argument. En revanche, d’autres trouvent grâce aux yeux des employeurs. Les voici :

Stratégie n°1 : Faire valoir un projet personnel

Quitter son poste pour monter votre boite ou suivre un MBA est un argument qui fonctionne. Vous pouvez jouer franc-jeu. Cependant, précisez bien que vous ne partez pas à la concurrence et que vous ne vous lancerez pas sur le même créneau (si c’est le cas). Rassurer votre employeur en lui indiquant qu’il n’est en rien responsable de votre départ, mais que pour vous, il n’y a pas d’autre issue possible. Si vous restiez, vous seriez moins motivé et moins performant. Vous souhaitez donc partir dans le cadre d’une rupture conventionnelle. Après ça, en revanche, plus moyen de faire machine arrière. Méfiez-vous.

Stratégie n°2 : Vous n’avez pas de perspective d’évolution

Vous avez fait le tour du poste ? Vous commencez à vous ennuyer mais votre entreprise n’a rien de mieux à vous proposer ? Vous risquez de perdre en motivation et en efficacité. Un manque à gagner certain pour l’entreprise. C’est votre argument. L’idéal serait même de se transformer en salarié gênant dont au final dont l’employeur aurait envie de se séparer. « Mais devenir un mauvais élément du jour au lendemain est très compliqué. Arriver en retard, mal faire son job… est inconcevable pour un salarié sérieux. En revanche, vous pouvez arguez une stagnation des responsabilités depuis quelques années, une divergence de vue sur les objectifs et la stratégie… Ce ne sont pas des motifs de licenciement mais cela ne vous donne pas envie de poursuivre l’aventure dans cette entreprise », illustre Me Hélène Boukez , avocate spécialisée en droit du travail. Mais attention, on ne gagne pas à tous les coups. Vous serez peut-être obligé de démissionner si l’employeur refuse malgré tout.

Stratégie n°3 : Vous êtes en souffrance au travail

Vous allez au bureau à reculons ? Avant d’en parler, commencez par prendre les conseils d’un spécialiste « pour éviter qu’une demande de rupture conventionnelle entrave une éventuelle procédure contentieuse aux prud’hommes », prévient Me Hélène Boukez. Seulement après, exposez clairement la situation. Dites que vous avez un problème avec votre hiérarchie, avec la réalisation de certaines tâches… que vous n’avez rien dit jusqu’à présent mais que là, vous n’en pouvez plus et qu’une rupture conventionnelle est le meilleur moyen pour tout le monde d’éviter que la situation se dégrade. Et en creux, qu’on en arrive à un contentieux. Mais attention : « la stratégie qui consiste à dire "vous acceptez ma demande de rupture conventionnelle ou je vous dénonce à l’inspection du travail ou autre", est un peu risquée. À moins que votre interlocuteur soit un grand froussard ou qu’il ait vraiment beaucoup de choses à se reprocher », souligne Me Boutiron. À contrario, ce n’est pas en étant un grand gentil que l’on obtient gain de cause ». Lors de la négociation, il faut rappeler vos droits. Préciser que vous allez désormais vous en tenir à la simple exécution de votre contrat de travail est un bon moyen d’amorcer la négociation. « Le salarié doit s’en tenir à des actes légitimes. Ne pas dire ou faire quelque chose qui pourrait lui être reproché par la suite. Donc pas d’excès de zèle, ni d’abandon de poste », conclut Me Boutiron.

Une fois que vous avez exposé vos arguments à votre interlocuteur, vous pouvez suivre la procédure classique de rupture conventionnelle comme nous l’expliquons dans ce dossier.

7

commentaires

Participez à la discussion

Réagir à cet article

SML94

14/09/2016

à 22:37

bonjour,

Après 3 mois d'interim dans une société j'ai accepté un poste CDI en juillet 2006 , cadre horaire (1er echelon) en qualité d'assistante de Direction.
Malheureusement le poste ne répond pas à mes attentes et surtout ne correspond pas à la description qu'on m'en a fait lors des 3 entetiens d'embauche...
Bref, je souhaite partir. J'ai tout d'abord pensé à l'abandon de poste mais je n'aime pas trop ce procédé, qui est par ailleurs dangereux pour lesalarié . J'ai donc pensé proposé une rupture conventionnelle à mon employeur ; d'une part je ne penses pas correspondre à leur besoins (et je souffre de devoir m'appliquer sur des tâches qui sortent de mon domaine de compétence et surtout du domaine du poste) et par ailleurs j'ai un projet personnel (entrepreneurial) pour lequel je souhaiterais me consacrer.

Pour le cas où mon employeur accepterait ma proposition de rupture conventionnelle, mon questionnement se situe au niveau des indemnités assedic
En effet, avant d'entrer dans cette société j'ai travaillé non stop 7 mois en interim en 2014. puis 15 mois de CDD dans une grosse société de janvier 2015 à mars 2016 puis 3 mois d'interim d'avril à juin 2016 et 2 mois de CDI dans la société actuelle que je souhaite quitter. cela fait 28 mois de travail non stop.
je voudrais savoir quelle période les ASSEDIC vont prendre en compte dans le calcul des mes droits ?
Mes 3 mois de CDI uniquement (ce qui ne valide pas mes droits puisqu'il en faut min 5) ou bien les 24 derniers mois de travail. ?

je vous remercie par avance de votre réponse
cdlt

> Répondre

En réponse à SML94

Dominique

21/12/2016

à 08:59

Bonjour, juste pour vous dire que toutes les périodes travaillées en tant que salariée CDI comptent dans le décompte de vos droits, que ce soit en CDI, interim, CDD..

> Répondre

Phil CdS

07/10/2015

à 11:55

le motif de la reconversion professionnelle est un bon motif.
"vous avez fait le tour de votre job, il ne vous "excite plus", vous voudriez faire autre chose - dans ce cas préparez le terrain en utilisant votre CPF pour une formation (qualifiante ou non) qui soit en lien avec votre nouvel avenir"
vous pouvez aussi commencer à collecter discrètement tous les petits dysfonctionnements de l'entreprise pour les mettre dans la balance de la négociation.
pour faire comprendre à votre patron que vous voulez partir , tenez vous en au termes du contrat et uniquement au termes. il ne pourra pas vous reprochez de l’exécuter comme c'est ecrit => plus d'heures sup (surtout non payées), plus de dispo à n'importe quelle heure, plus de téléphone pro le WE, plus de corvéabilité..... le contrat-point!

> Répondre

titof64310

06/10/2015

à 22:27

bonjour mon patron me fais faire plus de 800 h de travail sup par ans pas payer quesque je peu faire merci de tous les conseil

> Répondre

Gilles

03/08/2015

à 05:33

Bonjour
Mon employeur veut bien me faire une rupture conventionnelle contre une promesse d'embauche à t'il le droit ?
Travaillant dans la vente je ne vais pas aller chez le concurrent.

> Répondre

radaj

29/05/2015

à 17:02

pourquoi "en souffrance" et pas "vous souffrez" ?

> Répondre

CGI

26/05/2015

à 11:11

Bonjour,
Il serait judicieux de mettre à jour l'article d'Aurélie Tachot du 31/01/2013 - lien "ce dossier" en fin de votre présentation - concernant la durée du délai de carence porté à 180 jours au lieu de 75 jours si mes informations sont exactes

bonne réception

> Répondre

+