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Stress au travail : tous les recours possibles

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Céline Chaudeau

Pas de vacances cet été, les dossiers qui s'empilent, un malaise qui s'accroît... Réagissez avant qu'il ne soit trop tard. Face aux symptômes du stress en entreprise, quelques clés pour comprendre, prévenir et intervenir.

Retrouvez en ligne les autres articles de ce dossier, "Le stress raconté par ceux qui l'ont vécu" et l'interview de la psychanalyste Marie Pezé.

Des maux pour le dire. Fatigue, surcharge de travail, peur, tension, manque d'autonomie ou encore démotivation : autant de termes et de ressentis divers qui recouvrent pourtant une même réalité. Selon l'INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) : « On parle de stress au travail quand une personne ressent un déséquilibre entre ce qu'on lui demande de faire dans le cadre professionnel et les ressources dont elle dispose pour y répondre ».

Au total, un salarié européen sur cinq souffrirait de troubles de santé liés au stress au travail. Ses effets grèveraient même 10 à 20% du budget de la branche des maladies professionnelles recensées par la Sécurité sociale.

Les symptômes du stress au travail

« Le stress suscite deux type de comportements : l'évitement, le repli sur soi chez les personnes plutôt introverties de nature ; l'agressivité et des colères non maîtrisées chez les plus expansifs », analyse Matthieu Poirot, enseignant-chercheur et consultant associé chez Midori Consulting et AlterAlliance.

Et si l'on est dans ce cas, note le co-auteur de l'ouvrage Stress et risques psychosociaux au travail, il faut d'abord se poser les bonnes questions. « Seul ou préférablement avec l'aide d'un médecin, identifiez ce qui vous stresse vraiment. Il arrive qu'un salarié ait l'impression, par exemple, que ses efforts ne sont pas reconnus à leur juste valeur et un travail sur soi, une prise de recul, peut alors suffire. Dans d'autres cas, il existe des raisons objectives qu'il faut absolument définir : surcharge son travail, comportement problématique d'un tiers... Il faut alors intervenir. »

Des recours en interne

Face à votre malaise, l'entreprise est-elle obligée de réagir ? En théorie, oui. En vertu de l'article L. 1152-1 du Code du travail, le chef d'entreprise est tenu de planifier et d'adapter le travail demandé en fonction de ses salariés. « On l'oublie souvent, mais c'est au travail de s'adapter à l'homme et non l'inverse », rappelle Matthieu Poirot. Reste alors à trouver le bon interlocuteur pour trianguler la situation. « Le salarié qui craint que son mal-être ne soit instrumentalisé peut solliciter un autre manager pour opérer une médiation discrète. »

Au-delà, il ne faut pas hésiter à faire appel aux intervenants habilités. Le médecin du travail peut effectuer un signalement auprès de la DRH si le salarié l'y autorise. L'intéressé peut aussi s'adresser directement aux ressources humaines. Ou alerter un délégué du personnel et saisir le CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ou l'Inspection du travail.

Associations contre le harcèlement

Que faire quand le salarié alerte l'entreprise en vain ? « Chaque année, nous recevons plus de 30 000 appels de particuliers stressés et victimes, parfois, d'un management toxique », témoigne Loïc Scoarnec, fondateur de l'association Harcèlement moral stop. Du stress au harcèlement, il n'y a parfois qu'un pas. Selon lui, ce dernier se résume à des agissements répétés, des actes ou des paroles visant un individu qui dégradent ses conditions de travail. « C'est une atteinte à la dignité de la personne, sa santé et son moral. Une vraie violence souvent difficile à prouver », prévient-il.

Les associations sont alors un précieux soutient, conseillant les salariés et les orientant dans certains cas vers les prud'hommes et des avocats spécialisés. Mais la démarche reste compliquée. Sur cent dossiers reçus, environ dix seulement débouchent sur un procès. « Pour espérer gagner, il faut réunir le maximum d'éléments écrits comme des témoignages de collègues, des mémos ou des mails reçus ou envoyés, analyse Karine Martin-Staudohar, avocate spécialisée sur la question. Mais il y a de plus en plus de condamnations. Les temps changent. »

Une règlementation accrue

La jurisprudence, le durcissement de la règlementation et les situations de crise qui ont touché ces derniers mois un certain nombre de grands groupes poussent les employeurs à réagir. Depuis août dernier, un arrêté ministériel rend obligatoires pour toutes les entreprises les dispositions de l'accord national interprofessionnel sur le harcèlement et la violence au travail. BNP Paribas, après avoir enregistré six tentatives de suicide, a élaboré cet été un texte garantissant aux victimes présumées qu'elles ne subiront aucun préjudice, même si les faits signalés ne sont pas prouvés par la suite.

« On ne change pas les gens avec des lois et la meilleure charte reste le comportement exemplaire des managers, résume Matthieu Poirot. Mais nous assistons en la matière à un retournement de mentalité. La santé psychologique est un tabou dans les pays latins qui est en train d'être levé. »

Céline Chaudeau @ Cadremploi.fr

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