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Devenir actionnaire salarié : ça change quoi dans le boulot au quotidien ?

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Avoir des parts de sa boîte, c'est bon pour la rémunération. Mais a-t-on davantage voix au chapitre ? Cela change-t-il le rapport au travail ? Et le sens de son travail ? Témoignages de cadres.

Même si le chiffre tend à stagner depuis ces dernières années, la France compte pas moins de 3,5 millions d’actionnaires salariés (AS). Mais attention : derrière ce « statut » se cachent deux types de démarches très différentes. Investir ses deniers personnels pour devenir actionnaire de son entreprise n’a rien à voir avec le fait de placer ses primes de participation et/ou intéressement abondées par l’entreprise sur un FCPE (Fonds commun de placement entreprise). Le degré de la prise de risque conditionne le rapport au travail.

>> Lire aussi : Actionnaire salarié de sa boîte, où en est-on en France

 

« Un contrat de travail intéressé »

Nicolas Sarraquigne, directeur commercial chez Legisway, a fait le choix d’investir ses deniers personnels. Il a même contracté un crédit à la consommation pour acquérir des titres maison.  « J’ai désormais une triple casquette : actionnaire, associé, et salarié. Je travaille différemment. Avant j’étais rémunéré pour une mission. Désormais en plus, je contribue au développement de l’entreprise. Je m’interroge en permanence sur ce qui est bon pour le développement de la boîte. Cela donne davantage de sens à ma propre action. Je suis entrepreneur sans être à la place du patron. Disons que j’ai un contrat de travail intéressé », résume ce quadragénaire, actionnaire salarié depuis 2017.

« Pas davantage investi »

Pierre*, cadre d’un géant du BTP, est dans le second cas de figure. « A chaque fois que l’occasion se présente, je place mon intéressement et ma participation dans un plan d’actionnariat salarié. Ne serait-ce qu’avec l’abondement, le rendement est excellent. Mais au quotidien, je ne me sens pas davantage investi d’une mission particulière ou mieux reconnu dans ma fonction. Le groupe est tentaculaire. Actionnaires salariés ou pas, nous sommes des numéros très éloignés des décisions stratégiques. Des exécutants en somme », commente-t-il.

« Plus exigeant avec soi-même et les autres salariés »

Ancien stagiaire, et salarié de Tilkee depuis septembre 2015, Lyderic Miotti, a investi 30 000 euros (dès juin 2016) sur ses fonds personnels pour acquérir une part du capital de l’entreprise. « Je l’ai fait car je crois au projet et au business mais aussi parce que j’espère un jour monter ma propre start up. En étant actionnaire salarié, je découvre de près le fonctionnement d’une entreprise. Par exemple, les mécanismes de levée de fonds, de rachat d’entreprise, etc. », illustre ce business developper. Au quotidien, ce jeune actionnaire salarié (27 ans), minoritaire, se déclare « plus exigeant avec soi-même et envers les autres ».

Des salariés plus productifs

Mis bout à bout, ces exigences accrues et ce regain de motivation pour certains « AS », finissent par être payants pour l’employeur. Selon l’indice Euronext FAS IAS**, les entreprises de cet indice, engagées en faveur de l’actionnariat salarié, présentent des performances boursières largement supérieures aux autres. Quand actionnariat salarié rime avec gain de productivité.

Un pouvoir somme toute limité

Quand on les interroge sur leurs réels pouvoirs au sein de leur entreprise, nos témoins actionnaires salariés sont tout à coup moins loquaces. Toujours minoritaires, certains participent (notamment dans les PME) aux réunions d’information et aux assemblées générales, mais n’ont souvent qu’un avis consultatif et un droit de vote minoritaire. Mais qu’importe, la proximité du pouvoir semble leur suffire. « Découvrir l’envers du décor n’est pas un facteur de stress pour moi. Au contraire. Plus on m’explique les choses et les difficultés, mieux je me porte. Là, je suis à la source de l’information, c’est rassurant », argumente Nicolas Sarraquigne. Via un FCPE, les droits des actionnaires sont en général exercés par le conseil de surveillance, pour l’ensemble des collaborateurs actionnaires. « Donc difficile de s’impliquer plus avant dans la gouvernance de la société quand on n’exerce pas directement ses droits », déplore Pierre.

« En 2017, les dividendes ont dopé ma rémunération annuelle de 12 %. »

Fidélité dopée

Selon l’étude de la société de gestion Eres (septembre 2017), le turnover est plus limité dans les entreprises avec une très forte culture (7 %) que dans les autres (11 %). « A titre personnel, être actionnaire salarié m’incite à me projeter dans l’entreprise et à vouloir faire un bout de chemin avec elle », souligne Nicolas Sarraquigne. Un bon rendement financier participe évidemment à cette fidélisation des talents. « En 2017, les dividendes ont dopé ma rémunération annuelle de 12 %. D’ici 3 à 5 ans, j’espère un triplement de la valeur de mes titres », ajoute-t-il.

Y aurait-il un effet « menottes dorées » à être actionnaire salarié finalement ? Tout dépend des conditions de sortie prévues par l’entreprise. « A chaque fois que j’ai changé d’entreprise, j’ai conservé les titres pour les céder ultérieurement, à un moment plus opportun. Quand le cours de l’action me semblait au plus haut ou lorsque j’avais besoin de liquidités », résume Pierre, cadre dans le BTP. S’il quitte Legisway, Nicolas Sarraquigne devra céder ses parts à d’autres actionnaires salariés ou à la direction. « Mais depuis le début je connais les paramètres pris en compte dans le calcul de rachat d’actions. Je sais donc à quoi m’en tenir » conclut-il.

* Le prénom a été changé

** L’indice Euronext FAS IAS est composé d’une trentaine de sociétés du CAC All Tradable, dont plus de 3 % du capital est détenu par les salariés et comptant au moins 25 % de salariés actionnaires.

 

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commentaires

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martinV

15/03/2018

à 20:36

On parlera correctement de l'actionnariat salarié le jour où lesdites actions seront portées au nominatif du salarié et dotées des droits de vote idoines. Le paragraphe "Un pouvoir somme toute limité" illustre toute l'hypocrisie du mécanisme dont l'abondement n'est que le produit d'appel.

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