Inégalités : hommes-femmes mode d'emploi

Sylvie Laidet

D'études en études, le constat est affligeant : au boulot, la femme n'est décidément pas encore l'égale de l'homme. Tout (ou presque) les sépare.

Salaire, ça se creuse : 27% ! C'est l'écart entre la rémunération brute d'une femme et celle d'un homme, selon la dernière enquête salaires de l'Insee . Evidemment, ce sont les femmes qui gagnent le moins. En net, une femme perçoit en moyenne 20 201 euros contre 24 902 euros pour un homme. Les femmes diplômées d'un deuxième ou troisième cycle gagnent également près d'un tiers de moins que leurs homologues de la gente masculine. De même, le montant des primes de performances individuelles accordées aux femmes est inférieur de 23% à celui des hommes. Et même quand elles travaillent plus pour gagner plus, elles perçoivent moins. En effet, « les femmes travaillant plus souvent à temps partiel (31% contre 7% des hommes), les heures qu'elles effectuent au-delà de leur contrat sont des heures complémentaires, moins rémunératrices que les heures supplémentaires », notent les auteurs de l'étude. Et avec l'âge, les choses ne s'arrangent pas. Au contraire. Les femmes de plus de 55 ans touchent en moyenne 26% de moins que leurs collègues masculins, contre un écart de 8% pour les salariées de moins de 35 ans. Que se passe-t-il durant ces 20 années ? Des interruptions de carrière pour maternité et autres congés d'éducation. Malgré de louables efforts affichés par une poignée de grandes entreprises, à leur retour de congé maternité, les femmes sont souvent les oubliées des plans d'augmentations.

Responsabilités, pas au top : 40 % des femmes de moins de 35 ans sont cadres contre 50 % des hommes. Mais les choses empirent avec l'âge : passé les 35 ans, elles ne sont plus que 46% de cadres contre 76 % des hommes. Dans son livre « Si elles avaient le pouvoir... »*, Isabelle Germain rapporte que les conseils d'administration des entreprises du CAC 40, ne compte que 9 % de femmes. Pire, « 5 d'entres elles ne comptent aucune femme ». Rares sont également celles à détenir des directions opérationnelles. Et quand elles entrent dans le top management, elles occupent majoritairement des postes de directrices de communication et de DRH. « Des métiers de femmes » comme diraient les hommes.

Stress en pointe : « sur une échelle du stress graduée de 0 à 10, les femmes affichent un stress professionnel de 6,31 contre 6,01 pour les hommes. Au niveau du stress personnel, on atteint 5,27 pour les femmes et 4,75 pour les hommes » décompte Jacques Krakowiecki, président de l'Institut de prévention du stress professionnel (ISPS), et membre de la commission stress de l'ANDRH. Ce qui les stresse le plus ? Le manque de reconnaissance des efforts accomplis dans leur travail. Mais aussi et surtout le manque de rétribution pour ces efforts. Selon une récente étude menée par l'IPSP pour capital.fr, seulement 34 % des femmes (contre 41 % des hommes) estiment que leurs efforts sont suffisamment rétribués. Le contact avec des clients ou des collègues agressifs mais aussi les interruptions fréquentes de travail font également grimper le taux de stress des femmes.  Selon la dernière étude de la Dares sur « les facteurs psychosociaux au travail », les femmes sont également les plus exposées au « job strain ». Autrement dit, elles stressent par manque d'autonomie et de latitude pour faire face à leur charge de travail. Normal, elles n'occupent pas les postes à vraies responsabilités !  

Au rapport !

Afin de faire progresser l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, les entreprises de plus de 50 salariés doivent élaborer un rapport de situation comparée. Selon le code du travail, (art. R2323-9), ce document doit faire apparaître clairement « la situation respective des femmes et des hommes en matière d'embauche, de formation, de promotion, de qualification de classification, de conditions de travail, de rémunération effective et d'articulation entre l'activité professionnelle et l'exercice de situation familiale ». Les entreprises qui, au 31 décembre prochain, n'auront rien mis en œuvre pour réduire les écarts salariaux entre les femmes et les hommes, devront s'acquitter d'une pénalité financière.

Tags : Parité
Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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