L'Est, des régions qui paient bien

Tiphaine Réto

Un cadre alsacien touche un salaire de 2% plus élevé que ses collègues provinciaux. A l'Est de la France, tout secteur confondu, la rémunération élevée est un outil d'attractivité.

Travailler dans l'Est est un choix payant. D'après une étude de l'Insee parue en 2002, l'Alsace se situe au second rang des régions de province en termes de PIB par habitant. En frôlant la barre des 62 000 euros, elle atteint même la première place lorsqu'on ne s'intéresse plus qu'au PIB par emploi, devançant ainsi la riche région Rhône Alpes.

Un salaire à l'embauche de 38 199 euros

Des scores qui traduisent notamment l'avancée de la région en matière de prestations salariales. En 2000, un cadre alsacien touchait en moyenne 35 800 euros. En 2007, selon un ajustement de l'Insee, sa rémunération avait déjà atteint les 38 199 euros. Soit 2 % de plus que l'ensemble de ses collègues de province. « Ces écarts s'expliquent souvent par l'attractivité des régions, analyse Emmanuel Louzier, directeur de la zone Est chez Michael Page. La côte Ouest se situe dans la fourchette basse des rémunérations parce qu'elle est suffisamment attractive pour que les entreprises n'aient pas besoin d'augmenter les salaires pour appâter les candidats. A l'Est, en revanche... »

Encore mieux à la campagne ?

L'Est séduit moins, certes, et pour amener le quadragénaire parisien, déjà expérimenté mais en recherche de calme provincial à lorgner vers la région, les DRH de tous secteurs doivent jouer sur la corde sensible du niveau salarial. « Ils ont compris que le cadre de vie ne faisait pas tout, reprend Emmanuel Louzier. Mais c'est surtout vrai dans les milieux ruraux, car les grandes villes comme Strasbourg en Alsace ou Nancy en Lorraine restent des bassins attractifs. »

Les quadras alsaciens devant les quadras parisiens

Mais le niveau des salaires trouvent aussi ses racines dans les particularités régionales. En témoigne une observation étonnante : les cadres alsaciens âgés de 40 à 49 ans gagneraient mieux leur vie que leurs conscrits parisiens. « Ici, la seconde guerre mondiale a eu des effets plus prononcés sur la démographie, explique l'Insee Alsace. Les pertes ont été plus lourdes, les prisonniers sont rentrés plus tard... et le baby boom a été décalé. » Les quadra alsaciens bénéficient donc du creux générationnel des cinquantenaires. « Il y a une montée plus rapide dans la hiérarchie sociale et donc dans les revenus. »

L'effet frontières

La situation frontalière de la région joue aussi sur le rehaussement des rémunérations. En Alsace, en 2000, 8,5 % des actifs allaient chaque jour travailler dans un pays voisin, où les salaires sont souvent plus élevés. Le salaire horaire brut en Suisse, par exemple, pouvait être en 2006 de 50 % supérieur à celui perçu en Franche-Comté. « Les échanges frontaliers se font dans les deux sens, remarque Emmanuel Louzier. Les entreprises françaises doivent donc s'adapter et réévaluer régulièrement les salaires. »

Un tissu de PME qui fidélisent

D'autant plus que le tissu économique de la région est avant tout constitué de PME à capitaux familiaux. « Ce sont de petites sociétés qui cherchent avant tout à fidéliser leurs cadres. Ca passe par les salaires, évidemment, mais aussi par toute sorte d'avantages. » Variables, primes d'intéressement ou véhicule de fonction, la crise économique a renforcé ces attraits d'un autre genre.

EN savoir +

Etude Inse sur les salaries en Alsace : http://www.insee.fr/fr/insee_regions/alsace/themes/

Tiphaine Réto
Tiphaine Réto

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