Peut-on vraiment se former au management bienveillant ?

Publié le 09 janvier 2017 Régis Delanoë

Si la bienveillance est aujourd’hui une notion à la mode dans la pratique managériale, on trouve peu de formations spécifiques. Tous les formateurs s’accordent néanmoins à dire que le management bienveillant est indispensable et s’apprend, aussi bien par des formations, des exercices et de la bonne volonté.
Peut-on vraiment se former au management bienveillant ?

Quelques formations spécifiques au management bienveillant

Parmi les grands instituts de formation professionnelle qui existent en France, ils sont encore rares ceux qui proposent des modules spécifiques au management bienveillant. C’est le cas néanmoins d’EFE, dont la responsable des départements management et efficacité professionnelle Tatiana Marot détaille le contenu : « Il s’agit d’une toute nouvelle formation, mise au catalogue en 2017, qui a pour but de présenter les avantages de la posture bienveillante pour les managers. » En deux jours, ils apprennent que la bienveillance n’est pas antinomique de l’autorité. « Ce sont des efforts tout simples que nous réaffirmons : savoir dire merci ou reconnaître ses erreurs. Nous prenons le temps pendant la formation d’en expliquer les bienfaits », assure Tatiana Marot. Une formation qui fait la part belle au temps de parole : c’est aussi ce que propose Orsys avec un module de deux jours aussi sur le manager 3.0. « L’idée est de favoriser un management humain où le respect et la bienveillance font partie du quotidien, éclaire l’ingénieur pédagogique d’Orsys Clarisse Gilbert. On travaille avec les managers sur l’autodiagnostic, la mise en situation et quelques exercices pratiques. » Exemple : l’exercice du management minute, où le manager dispose d’une minute pour féliciter un collaborateur et lui adresser des signes de reconnaissance. « C’est un outil qui permet à certains managers de se libérer, de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, de manière à motiver leurs troupes. »

 

>>Lire aussi : Comment devenir un manager bienveillant ?

 

Le management bienveillant, élément de nombreuses formations

Dans d’autres instituts de formation, la bienveillance s’apprend non pas spécifiquement mais en transverse, dans le cadre d’autres modules. « Elle irrigue l’ensemble de nos formations en management et en développement personnel, affirme Jean-Pierre Testa chez Cegos. Le management moderne se doit d’être bienveillant, il y a une prise de conscience à avoir à ce sujet et des idées reçues à chasser : non, la bienveillance ne va pas à l’encontre de la productivité. » Selon lui, il est rappelé à chaque manager en formation qu’il faut bien distinguer l’autorité de l’autoritarisme : « un manager peut être ferme dans ses positions sans jamais oublier de respecter ses collaborateurs. Par des échanges entre participants, nous parvenons à distinguer les problèmes que peut générer un collaborateur des problèmes en eux-mêmes : l’intransigeance à régler le problème ne doit pas entraîner une relation conflictuelle. » Si par exemple un collaborateur a des difficultés à tenir un rythme de travail, ce n’est pas en l’attaquant frontalement que les choses vont s’arranger mais en attaquant son problème. « La bienveillance c’est prendre conscience du problème de l’autre pour mieux le résoudre », estime aussi Tatiana Marot. Se mettre à la place de la personne, comprendre les mécanismes qui font qu’il y a un souci et voir comment il peut être résolu : réaménager le poste de travail, refonder les équipes de travail, modifier les horaires… Dans des formations existantes comme Mieux écouter pour mieux décoder, il est question de ces enjeux qui participent à la bienveillance au travail.

 

Un apprentissage au quotidien

La bienveillance s’apprend au quotidien pour un manager, estime Philippe Falantin, animateur de formation pour Demos, qui décrypte le terme. « La bienveillance, c’est l’acte de bien veiller, donc d’être attentif, au plus près de ses équipes ou de ses collaborateurs. Le premier exercice à fournir pour un manager bienveillant est donc l’observation. » Il illustre ensuite avec l’image du tennis : « Une fois que vous avez jaugé votre collaborateur, il faut qu’il puisse s’épanouir au travail comme le tennisman évolue sur un court, avec un adversaire adapté. S’il est trop fort, cela va vite le décourager. S’il est au contraire trop faible, cela ne va pas le pousser à hausser son niveau de jeu. » L’adaptabilité est une base de travail du quotidien du manager pour viser bienveillance et harmonie entre collaborateurs. « Avec la bienveillance, on se situe à la frontière de l’apprentissage de la psychologie, reconnaît Tatiana Marot. C’est vers cet axe de travail que les formations devraient avancer dans les années à venir. »

 

Régis Delanoë
Régis Delanoë

Après un Master obtenu à l’Institut d’études politiques de Rennes, Régis Delanoë s’est mis à son compte en tant que journaliste indépendant. Multitâche, il travaille depuis plus de dix ans dans le vaste domaine de la presse écrite et web. Enquêtes, reportages, interviews et veille de l’actualité : il s’est notamment spécialisé dans le secteur de l’emploi et de la formation, s’intéressant de très près aux nouvelles tendances et aux évolutions à venir en la matière.

Vous aimerez aussi :