Travailler au Japon : les clés pour entrer dans le cercle

Publié le 14 février 2014 Jean-Jacques Le Goff

Souvent la culture nipponne fascine : sa rigueur et sa culture du travail en font toujours un territoire riche en opportunités. Mais avant une expatriation, mieux vaut s’y préparer, car des différences profondes existent avec notre culture occidentale. Voici quelques pistes pour réussir votre intégration professionnelle au pays du Soleil Levant.

La question fondamentale de l’appartenance au Japon

Le fait d’appartenir ou non à un même cercle (famille, village, école et plus particulièrement l’entreprise – kaisha – et le pays – kuni) est déterminante au Japon. Selon que vous êtes à l’intérieur – uchi – ou à l’extérieur – soto – de ce cercle, vous constaterez une grande disparité dans la manière dont vous serez traité, dans les attitudes et même le langage de vos interlocuteurs ainsi que dans la nature de ce qui est échangé.

La plupart des difficultés éprouvées par des étrangers qui travaillent au Japon proviennent justement de leur incapacité à comprendre leur place dans les différents cercles, dans les différents contextes, dans lesquels ils étaient impliqués.

Un chef japonnais recherche avant tout le consensus

L’échange et la solidarité étant intenses entre les membres d’un même cercle. Pour un chef, la priorité est donc de trouver un consensus entre l’ensemble des membres de son équipe. Contrairement à son homologue français, au Japon, les justifications techniques d’une décision importent peu. La conséquence de cet état d’esprit, c’est que les réunions de décision sont rares. En revanche, elles sont précédées de dizaines de micro-réunions de recherche de consensus entre participants. Ceci explique à la fois la lenteur de la prise de décision, mais aussi la grande rapidité lors de l’exécution, car toutes les parties prenantes sont sur la même ligne et connaissent leur partition.

Hiérarchie et jeu d’influence : une structure complexe

Cette conception fondamentalement différente de l’appartenance modifie également beaucoup le concept de hiérarchie et le processus de décision..  Au Japon, le chef donne des ordres qui portent plus sur la direction générale à prendre. Ensuite, ses collaborateurs (et éventuellement des parties extérieures) cherchent progressivement à le préparer à la décision qui leur parait souhaitable, dans un véritable jeu d’influence. C’est toute cette complexité qu’il faut décrypter de l’extérieur dans des négociations avec une entreprise japonaise…

Réduire les imprévus : l'objectif des entreprises japonaises

Le Japon est une société extrêmement structurée et où le respect du temps a une grande importance. Rien n’indispose plus un Japonais qu’une réunion sans ordre du jour ni agenda, qu’un projet sans planning, qu’un rendez-vous décalé ou retardé.

Paradoxalement, dans ce pays où la nature peut frapper à tout moment, l’imprévu entraine une gêne profonde pour tous les participants et peut même littéralement engendrer le chaos. Pour cette raison, les Japonais préfèrent généralement travailler avec les personnes de leur cercle, car les imprévus y sont moindres.

Vie privée/ vie publique : la soupape de la « nomikai »

Avec ce système de « cercles », on pourrait penser que la vie privée et la vie publique sont radicalement dissociées au Japon et que le monde du travail ne laisse guère de place au loisir ni à l’informel. En réalité, il existe de nombreux sas qui fluidifient la vie sociale. Le plus important d’entre eux est la nomikai, la « réunion pour boire ». Elle peut se dérouler entre collègues, avec son chef et même avec des clients …  Tous les formats existent, du karaoké au simple verre dans un bar en passant par les geishas : l’essentiel est de fournir les conditions d’un échange débridé. Il y a deux règles à suivre lors d’une nomikai au Japon :

1. Se laisser aller: il n’y a pas de tabou,
2. Le lendemain, faire comme si rien de tout cela n’avait existé !

Ne négligez surtout pas cet aspect des relations professionnelles nipponnes, c’est ce système qui assure le partage des informations, la création et l’entretien des relations, … et aussi la soupape indispensable face à une pression permanente et intense.

Jean-Jacques Le Goff
Jean-Jacques Le Goff

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