Travailler au Qatar: comment décrypter la société?

Publié le 05 février 2014 Morgan Marchand

Le Qatar est un pays paradoxal : premier PIB par habitant au monde, il est pourtant majoritairement peuplé de travailleurs pauvres venus d’Asie. Depuis quelques années, ce micro-Etat, qui dispose d’une des plus grandes réserves de gaz au monde a également émergé sur les scènes financière, géopolitique et sportive mondiales.

Conduire des équipes et des projets au Qatar nécessite donc de bien prendre la mesure de certains enjeux.

Rareté des interlocuteurs qataris

Travailler avec des Qataris requiert à la fois un sens du protocole, une grande disponibilité et une présence continue. Ces trois éléments sont indispensables pour entretenir une relation individuelle qui est la base du rapport professionnel au Qatar.

La pratique des intermédiaires (wasit) est courante, tant pour accéder à des interlocuteurs que pour résoudre des conflits ou comprendre les réseaux. Car dans le système qatari, politique, économie et liens familiaux sont souvent intriqués (40% des Qataris sont liés à la famille régnante, les Al Thani).

Mais attention ! Les nationaux ne représentent qu’environ 10% des 2 millions d’habitants du pays. Les Qataris jouent essentiellement le rôle de sponsors (kafil), les partenaires obligatoires des entreprises étrangères. En effet, pour obtenir un permis de séjourau Qatar, il faut impérativement être sponsorisé, c’est-à-dire qu'une entreprise locale ou un particulier "parraine" l'expatrié.

Poids et diversité des communautés au Qatar

Manager des équipes au Qatar, c’est donc composer avec une diversité culturelle extrêmement forte. Au-delà des sponsors, les postes de direction et d’expertise sont généralement tenus par des expatriés occidentaux, et les postes de management intermédiaires par des professionnels arabes du Proche-Orient (Liban Egypte, Jordanie…). En bas de cette pyramide des populations se trouvent les travailleurs du sous-continent indien (Indiens, Pakistanais, Népalais) et d’Asie (Philippins notamment).

Le poids des nationalités d’origine dans la structure et le fonctionnement des équipes est souvent important. Au-delà des risques d’incompréhension en anglais globish et des possibles rivalités entre groupes, l’écart des niveaux de revenus favorise également un fort cloisonnement social entre les communautés en dehors du travail. Par ailleurs, conséquence indirecte de cette population de travailleurs, le pays ne compte qu’environ 25% de femmes.

Une forte présence managériale est nécessaire

Tous les expatriés et les travailleurs immigrés sont "sponsorisés" par leurs entreprise, et donc en définitive par le sponsor qatari. Dans la pratique, ce système de kafala fragilise le statut des travailleurs et ne les incite pas à « challenger » leur manager. Dans cet environnement, le « pas de problème » (ma fii mushkila en arabe) est une phrase-réflexe et la remontée d'informations est faible. Cela rend essentielle une forte présence sur site pour piloter les activités au quotidien.

Cette nécessité est renforcée par une vision du temps souple où, les Qataris aiment imaginer leur pays dans un temps long (la « vision nationale » de 2030), mais où ce sont les managers occidentaux qui sont payés pour transformer cette vision en action.

Morgan Marchand
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