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Travailler aux États-Unis : comment s'adapter au management à l'américaine

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Brian Hogan

26/01/2016

On a l’impression de bien connaître la culture américaine. Mais s’intégrer sur le marché du travail aux États-Unis est moins facile que de regarder films et séries TV made in USA. Brian Hogan, spécialiste du management interculturel chez Terres Neuves nous donne ses conseils pour trouver sa place dans une entreprise américaine.

Manager, leader et coach

Le responsable américain a trois casquettes. Manager, il dirige un département au sein de l’entreprise avec une mission, un budget et des objectifs. En tant que leader, il partage une vision, inspire et mobilise ses équipes vers la réalisation des objectifs. Dans son rôle de coach, il  développe les compétences de ses collaborateurs, les accompagne dans l’avancement de leur carrière.

Aux États-Unis, le rapport à la hiérarchie est moins formel qu’en France : les Américains, tous niveaux hiérarchiques confondus, s’appellent par leurs prénoms, voire leurs surnoms, et il n’est pas rare que le manager invite son équipe pour un barbecue chez lui ou même accompagne ses collaborateurs dans un bar ou un cocktail lounge en fin de journée.

Mais informalité et respect vont de pair dans une culture où l’avancement est basé sur les résultats. Le manager, c’est d’abord le décideur. Après une phase de discussion et de confrontation d’idées où les divergences sont encouragées, une décision est prise par le manager et à partir de là, tous doivent avancer dans un même sens. L’individualisme à l’américaine n’a rien à voir avec un refus de respecter la décision de la hiérarchie. Cependant, dans un système construit sur l’empowerment et la délégation, ce n’est pas le rôle du manager de donner des instructions : l’autonomie et la responsabilité des cadres englobent implicitement les ordres.

Lire aussi : Travailler à New York : les profils français les plus recherchés

Une gestion du temps quasi sacrée

Les Américains ont une vision du temps bien moins élastique que les Français. La gestion du temps a un caractère quasi-sacré et la ponctualité une importance presque morale : si quelqu’un est incapable de gérer son temps, comment pourrait-il gérer d’autres responsabilités ? Les Américains ont tendance à faire une chose à la fois et à travailler rapidement. Ils arrivent au travail à partir de 7h et restent rarement plus tard que 17h ou 18h. Rester tard le soir n’est pas signe de zèle mais plutôt signe d’une mauvaise organisation personnelle.

Pas de « ponctualité approximative » : arriver à l’heure, terminer à l’heure, respecter voire anticiper les deadlines, sont des comportements normaux. Les rendez-vous et réunions sont fixés longtemps à l’avance et les annulations de dernières minutes ne sont guère appréciées. De plus, les entreprises américaines se focalisent facilement sur le court-terme, le système de reporting étant trimestriel plutôt qu’annuel.

Les réunions démarrent et se terminent à l’heure : une réunion qui finit en retard est considérée comme une mauvaise réunion. L’ordre du jour distribué en amont et chacun est sensé de connaître ses dossiers. Ce n’est pas forcément le manager qui anime les échanges, mais plutôt les membres de l’équipe à tour de rôle. Le manager intervient ponctuellement en tant que décisionnaire ou pour donner des informations nouvelles. Il y a plusieurs temps importants et successifs : nouvelles informations, sujets de discussion, décisions à prendre. Et, invariablement, un « meeting » démarre par un contrôle du plan d’action précédent et se termine par l’adoption d’un nouveau plan. Un compte-rendu est distribué au plus vite : dans la journée ou le lendemain.

Une communication directe, gage de franchise, de brièveté et d’honnêteté

La communication française est souvent indirecte et nuancée au nom de la subtilité ou de la diplomatie, contrairement à la communication américaine plus franche et plus directe. Une communication trop indirecte sera souvent interprétée comme de l’indécision ou la volonté de dissimuler quelque chose. Mais attention, être franc et direct ne veut pas dire être brusque ou cassant. Dans une culture où l’on est sensé tout dire, le feedback, positif comme négatif, est primordial. Les Américains attendront un feedback positif (et une récompense) pour un travail bien fait.

La communication  américaine est explicite et souvent au premier degré : « Yes » veut dire oui, « No » veut dire non. Les faits, souvent chiffrés, sont privilégiés et bien distincts des intuitions, convictions intimes, croyances ou interprétations. Les faits priment sur les opinions.

Les sphères privées et professionnelles sont beaucoup moins distinctes qu’en France et la sphère intime bien plus réduite. On parle librement du week-end, des vacances, de sa nouvelle voiture ou de ses enfants entre collègues. Poser des questions personnelles, forme de curiosité malsaine ou d’indiscrétion pour les Français, est, pour les Américains, un rituel de bienvenue, une forme d’accueil. Il n’y a pas d’équivalent au proverbe français « pour vivre heureux, vivons cachés » : des choses confidentielles ou privées pour les Français sont souvent des sujets de conversation aux États-Unis.

Pour finir, quelques derniers points à avoir en tête pour travailler aux États-Unis.

- On est jugé sur la cohérence entre la parole et les actes.

- Le « bonjour » matinal est implicite : serrer quotidiennement la main des collègues ne se fait pas.

- L’optimisme est une valeur fondamentale : soyez enthousiaste et évitez le pessimisme, le défaitisme et le cynisme ! Remplacez le mot « problem » par d’autres termes moins négatifs tels que « issue », « concern », « subject » ou « question ».

- Des expressions sportives empruntées au baseball, au basket, au football américain, et comprises de tous, sont souvent employées : mieux vaut se renseigner sur leur sens !

7

commentaires

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Oliver

18/04/2017

à 16:16

Je travaille depuis moins d'un an au sein d'un "petite" multinationale américaine (250 pers.). Mon expérience pour le moment est que le respect des heures de réunion et des appels téléphoniques planifiés pour le suivi des tâches est quasi nul. Notre CEO est connu pour dire 11h du matin quand il appellera vers 15h. Ce qui me choque le plus est l'absence toute simple de rapports écrits: pas de compte-rendu de réunions, pas de plan d'action sur un calendrier. Les chefs de projet travaillent au fil de l'eau, c'est très déconcertant. Je remarque aussi que les chefs n'aiment effectivement pas les retours qui mettent légèrement en doute la cohérence de la gestion. Quand le boss pose une question ou veut quelque chose, il a toujours raison, point. Après quand les choses s'avèrent mal gérées, on blâme les exécutants ou les fournisseurs, c'est plus facile, plus rapide, plus valorisant. On dirait que souvent le but recherché n'est pas forcement l'efficacité globale mais surtout le rapport au pouvoir (je prends les décisions et j'ai raison, si ça ne marche pas c'est que vous ne suivez pas).

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Raphaël COGNÉ

27/01/2016

à 20:38

Ayant travaillé aux USA, je suis globalement d'accord. Il faut comprendre que la force des americains est dans la preparation de la planification. Des personnes très brillantes y excellent.
La conduite est par contre réalisée par des professionnels plus communs et soucent"monotâche" qui ne connaissent que l'aspect personel de leur secteur (fordisme pur appliqué au tertiaire voire au domaine militaire ).

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Tienbasse

27/01/2016

à 00:13

Beaucoup de vrai dans cet article, mais il faut comprendre que tout cela cache un fonctionnement très différent et qui a certains avantages mais beaucoup d'inconvénients aussi (je bosse dans une multi-nationale californienne en tant que manager en France avec des contacts quotidiens en Californie):

1) Le responsable américain manager/leader/coach: on aimerait bien voir cet "être parfait" mais ça n'est pas à la portée de tous les managers. J'observe le plus souvent un management trop directif, tendance micro-management, un aspect leader très marqué mais parfois mal inspiré, et l'absence quasi-systématique de développement des équipes (coaching). La faute à un système de promotion très axé "résultats à tout prix" et où le but de tous est de devenir LE leader (sans l'aspect management et coaching, parce que ça prend du temps et de la patience, il est plus facile de se cantonner aux prises de décision lapidaires). Je tiens d'ailleurs à différentier ces fonctions que vous associez. On peut être un bon leader sans être un bon manager et vice-versa, ces fonctions ne sont pas tout à fait les mêmes. Celui qui sait cumuler tout ça reste rare.

2) La hiérarchie moins formelle ? Seulement en apparence, c'est une façade. Si je devais dire à un supérieur californien le quart de ce que dit à un directeur français, je serais catalogué comme un fauteur de trouble en 5 minutes. Le leader américain, même super "cool", ne tolère pas la non adhésion ou la remise en cause de ses décisions, même non rationnelles (appelons ça de la loyauté aveugle). Il ne va pas vous le reprocher en face, mais vous pourrez faire une croix sur toute future promotion! Il va "accepter" le feedback oui, mais va-t-il en tenir compte: rien n'est moins sûr.

3) La gestion du temps sacrée? Tout à fait exact! Seul souci, c'est que quand on veut être à l'heure, respecter toutes les deadlines sans faillir et maintenir cette "winner attitude", ça peut conduire aux pires excès. Pourquoi finir une réunion à l'heure si ça conduit à n'avoir pris aucune décision ? Pourquoi respecter le délai d'atteinte d'un objectif si ça conduit à sortir des résultats bâclés ? Bref tout ne peut pas être parfait sinon on serait en retard sur tout, mais on voit souvent de gros ratages à être obsédés par le temps, ou des décisions prises sans avoir vu les éléments nécessaires. Ce qui conduit à des revirements très tardifs et des retards encore plus importants que si on avait "pris le temps de bien faire".

4) La communication franche et honnête, les faits rien que les faits: souvent plus simple il est vrai. Mais les petits malins profitent de ça pour tirer les vers du nez et vous dire ce que vous voulez entendre, pour ensuite faire tout le contraire. Avec ce style de communication, la manipulation devient presque "facile" quand on en est un spécialiste, même si cette communication franche reste agréable au quotidien.

Bref y a du bon dans le management américain, mais pas que. L'article reste assez neutre, mais donne un peu l'impression d'un "monde merveilleux".

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Danielle Charles

11/05/2017

à 01:04

Tout à fait d'accord. Quant à partir vers 17 h ou 18h est une panacée. Il n'est pas inhabituel de prendre son laptop chez soi pour répondre aux "emails" et messages qui en fait maintenant sont connectés, à nos portables. Donc plus de vie privée dans certaines industries. Très peu de vacances aussi quant à la maladie elle est considérée comme une faiblesse.

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En réponse à Tienbasse

Marianne Guillien

04/11/2016

à 19:17

Je suis entièrement d'accord !! Vous avez tout dit

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Eric P.

26/01/2016

à 14:44

Excellent article. J'ai personnellement travaillé pendant plus de 20 ans dans un groupe américain dont 3 ans aux USA et je confirme tout ce qui est dit par Brian Hogan. Le risque pour des français qui n'appréhendent pas ces éléments serait de confondre décontraction avec laxisme ce qui aux USA n'est pas du tout le cas, et peut surprendre !
Pour renforcer ce point une explication sur la tenue vestimentaire au bureau : pas de costume, la tenue décontractée (business casual) est de rigueur au bureau mais le jeans est mal vu voire interdit ! (ce n'est pas une tenue de "travail" !)

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Dom

26/01/2016

à 13:19

Synthèse très intéressante

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