Travailler en Suisse, le voisin méconnu

Publié le 14 février 2014 Herbert Koch

A l’échelle mondiale, la Suisse est le pays où la présence française est la plus forte : chaque jours, 140.000 travailleurs de l’Hexagone traversent la frontière pour travailler en Suisse, où vivent déjà 160.000 de leur compatriotes ! Mais malgré sa proximité géographique, le monde du travail helvétique répond à des règles radicalement différentes des nôtres.

La Suisse est un modèle à part, une singularité européenne réfugiée dans son écrin alpin. Mosaïque du vieux continent, la Suisse a relevé le défi multiculturel pour forger sa propre culture, dont il est primordial de maitriser les tenants pour espérer y mener à bien tout projet professionnel. 

La Suisse: un environnement politique et économique stable

Les Suisses ont un modèle différent et ils en sont fiers. Fiers de leur système politique, qu’ils vantent comme le plus démocratique au monde. Et fiers d’une santé économique insolente, qui attirent investisseurs et travailleurs du monde entier. La clé de voûte d’un tel succès ? La confiance : en Suisse, un entrepreneur travaille dans un environnement solide avec un système juridique indépendant et efficace, une fiscalité stable et prévisible.

Ce contexte avantageux et ce sentiment de fierté ont des répercussions sur le quotidien des salariés, qui se plaisent dans leurs entreprises et travaillent entre 40 et 44 heures par semaine. Un rythme soutenu mais parfaitement accepté : les Suisses ont rejeté plusieurs propositions visant à réduire le temps de travail par référendum. 

Pas de pression, mais une recherche d’efficacité de tous les instants

Les Suisses sont très attachés à leur réussite, qui passe par celles de leur carrière, de leur entreprise et de leur pays. Cet état d’esprit suscite chez eux un mécanisme d’auto-responsabilisation et de poursuite du résultat et de l’efficacité.

La « pression pour la pression » ne fait donc aucun sens en Suisse : forcing et logiques de conflits sont inopérants. Dès lors, le rôle du manager n’est pas tant de pressuriser ses collaborateurs que de les sensibiliser à l’objectif déterminé et au résultat que vous attendez d’eux.

De la même manière, le responsable hiérarchique se doit de tenir ses engagements et ses résultats pour faire figure de modèle. Les relations professionnelles sont basées sur la confiance et la transparence, les conflits sont rares, l’on attend donc de vous que vous disiez ouvertement ce qui pourrait être amélioré. 

Ponctualité, rigueur et anticipation : les clés de la réussite en Suisse ?

La montre suisse n’est pas qu’un mythe historique : la ponctualité est une valeur essentielle du rapport au temps des Helvètes. Tout le monde se doit d’être à l’heure, il est presque impossible de prendre du retard. Considérant cette rigueur, ne soyez pas étonné qu’un collègue vous appelle pour vous annoncer un retard de 3 minutes !

Habituellement, les réunions sont très bien préparées. Les interlocuteurs suisses ont étudié les dossiers et élaboré une stratégie pour toute éventualité. Ils tirent profit de la connaissance du dossier et de l’anticipation des scénarii. La culture de la négociation est inscrite dans l’ADN suisse. C’est ainsi que ce « petit pays » a pu défendre ses frontières et sa neutralité à travers les siècles. 

Un contrôle social très fort

Les Suisses sont généralement patients et tenaces. Ce qu’ils ne reçoivent pas tout de suite, ils le recevront la prochaine fois. Il s’agit de négocier un deal judicieux, qui tient la route, financièrement, opérationnellement et apporte un avantage certain. Cette posture d’exigence est d’ailleurs un impératif culturel : le contrôle social pourrait surprendre les moins avertis.

En travaillant avec les Suisses, il faut s’attendre à juger et être jugé en permanence. Le destin collectif étant considéré comme la somme des actions individuelles, on attend de chacun qu’il reste dans son rôle et qu’il l’assume. Par exemple, pour un retard, le reproche viendra davantage des autres membres de l’équipe que du chef lui-même. 

Une société suisse multiculturelle et tolérante

Cette solidarité structurelle recouvre aussi des aspects plus détendus et les rapports entre les salariés sont généralement très cordiaux. Les sorties ensemble sont fréquentes, à l’heure du déjeuner ou en « after work », n’hésitez donc pas à y prendre part dès que l’occasion vous en sera donnée. La Suisse est multiculturelle et cosmopolite. On y trouve quatre langues officielles et deux religions dominantes. Son économie est largement mondialisée, les travailleurs viennent de partout, plus de 20% de la population est étrangères (plus de 50% à Genève). La Suisse est un pays tolérant. Pour réussir dans les affaires, il ne faut pas vouloir s’assimiler, « devenir Suisse », il faut rester authentique. C’est cette authenticité qui sera récompensée.

Herbert Koch
Herbert Koch

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