En plein entretien téléphonique, ce candidat entend un drôle de bruit dans le combiné : voici ce que le recruteur était en train de faire
Son téléphone sonne en début d’après-midi. À l’autre bout du fil, un recruteur d’un cabinet mandaté par une entité publique. Quinze minutes plus tard, l’entretien s’achève sur un son qui laisse le candidat un brin dubitatif. « J’ai testé pour vous l’entretien téléphonique “Plouf” », écrit l'internaute @GC-FLIGHT avec ironie. Dans cette histoire qu'il raconte sur le forum géant Reddit, le ton est léger, presque potache. Mais derrière les émojis et les apartés, le témoignage déroule une scène précise. Le recruteur l’appelle, raconte-t-il, son CV sous les yeux. « Votre profil semble en adéquation avec les besoins de l'entreprise », lui aurait-il assuré d’emblée. Il demande des précisions sur le dernier poste occupé. Le candidat détaille son expérience, évoque des missions opérationnelles, des « challenges réussis ».
Mais l’internaute le sent, ou plutôt l'entend, quelque chose cloche. Un écho étrange, « comme dans des WC », raconte-t-il. Ses propres mots lui reviennent en double. Le recruteur marque un silence, le temps semble s'arrêter. Et soudain : « PLOUUFF ! ». Interloqué, le candidat lance plusieurs « Allô ? ». Il affirme que le recruteur a repris, comme si de rien n’était, le fil de leur échange : finalement, son profil « ne colle pas vraiment avec le besoin du client ». Argument aussitôt contesté par l'internaute @GC-FLIGHT, qui rappelle avoir précisément répondu aux critères évoqués. La conversation tourne court. Juste avant de raccrocher, un bruit de chasse d’eau est, selon le candidat, « clairement audible ».
Sur Reddit, à chaud, il parle d’un moment « surréaliste ». Deux jours plus tard, l’humour laisse place à un « dégoût profond des méthodes employées » et de la désinvolture supposée d’entités publiques dans leurs pratiques de recrutement. Vrai témoignage ou simple blague de mauvais goût ? L’internaute, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations pour préciser les circonstances de l’entretien, laisse la question en suspens. Mais même dans l’hypothèse d’une exagération ou d'un témoignage inventé, la scène soulève de vraies interrogations sur les obligations des recruteurs.
Pour Christelle Chapuis, formatrice en droit social et en RH, « c’est aberrant ». Peu importe qu’il s’agisse d’un pré-entretien de quinze minutes ou d’un véritable entretien d’embauche : « Un recruteur adopte une posture professionnelle et représente l’entreprise ainsi que sa marque employeur. À ce titre, il a des obligations », explique-t-elle. Elle évoque notamment la méthode TACT, pour transparence, attention, cohérence et traçabilité, qui structure les bonnes pratiques du recrutement. « Ici, aucun de ces critères n’est respecté. Si un recruteur agissait ainsi dans mon entreprise, je considérerais cela comme une faute grave. »
Juridiquement, le candidat dispose pourtant de peu de leviers. N’étant pas salarié, il ne peut saisir les prud’hommes. « S’il parvenait à établir les faits, il pourrait envisager une action civile en responsabilité pour le préjudice subi, par exemple un choc émotionnel. Mais la preuve me paraît extrêmement complexe à établir », souligne Christelle Chapuis. Un enregistrement réalisé à l’insu du recruteur aurait peu de chances d’être admis, en dehors de situations spécifiques comme le harcèlement ou la discrimination.
La responsabilité, en revanche, pourrait peser sur le cabinet de recrutement si les faits étaient établis. En cas de signalements concordants de plusieurs candidats, une enquête interne s’imposerait. « Dans cette hypothèse, on pourrait invoquer un manquement à l’obligation de loyauté ou de sérieux dans la conduite des entretiens », précise l’experte.
Au-delà du caractère presque burlesque de la scène, l’épisode rappelle une évidence : le recrutement n’est pas une zone de non-droit. Même sans texte détaillant la manière de mener un entretien téléphonique ou un entretien d'embauche, les règles élémentaires de respect et de non-discrimination s’imposent. Comme le résume Christelle Chapuis, « ce n’est pas quelque chose que l’on rencontre tous les jours, mais cela reste clairement sanctionnable ».