"Votre nom est dans les fichiers… " : ce candidat était prêt à tout pour attirer l'attention du recruteur, voici ce qu'il risque
Objet : « Votre nom est dans les fichiers Epstein ». Il est un peu plus de minuit lorsque le mail atterrit dans la boîte d’un recruteur. L’objet glace : l’accusation est lourde, associée au nom d’un criminel mondialement connu. À l’ouverture du message, le ton change. Un candidat s’excuse de son approche, explique qu’il cherchait simplement à « attirer l’attention » et joint son CV pour un poste en marketing.
L’histoire, relayée par l’agence de publicité Creapills sur plusieurs réseaux sociaux, serait la traduction d’un témoignage de Harshdeep Rapal, fondateur d’une entreprise américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle. Dans son message, le candidat justifie sa méthode provocatrice par la masse de mails probablement reçue chaque jour par le CEO, et affirme n’avoir trouvé que ce moyen pour sortir du lot. Le recruteur conserve une capture d’écran du message et décide de la partager, appelant les candidats à ne pas reproduire une telle approche. Rapidement, le témoignage circule sur X (anciennement Twitter) et LinkedIn.
Alors simple coup de communication de l’entrepreneur américain ou réel témoignage ? Impossible à vérifier. Mais au-delà de l’anecdote, la question des conséquences d’une telle stratégie, elle, est bien réelle. Car juridiquement, le terrain est glissant. « Affirmer que quelqu’un figure dans les dossiers Epstein relève clairement de la diffamation », explique Ahmed Lalouani, juriste en relations sociales. « La diffamation consiste à imputer un fait précis portant atteinte à l’honneur ou à la réputation. Ici, il s’agit d’une accusation grave, sans aucun fondement. » Même envoyée en message privé et sous couvert d’attirer l’attention, l’allégation peut être qualifiée de diffamation non publique.
L’injure, elle, se distingue juridiquement. « Elle ne repose pas nécessairement sur l’imputation d’un fait précis, mais sur la portée des propos. Recevoir un tel message peut provoquer un choc psychologique », poursuit l’expert. Si le recruteur décidait d’agir, il pourrait porter plainte et solliciter réparation de son préjudice. En pratique, nuance-t-il toutefois, « une main courante peut suffire », les poursuites étant davantage réservées aux cas de menaces ou de harcèlement répété.
De son côté, le candidat pourrait invoquer son intention humoristique, l’absence de publicité initiale du message et ses excuses immédiates. Reste que l’intention de nuire peut être retenue, même lorsqu’elle s’accompagne d’un clin d’œil maladroit. Le risque demeure cependant principalement professionnel : candidature écartée, profil bloqué dans la base interne afin de protéger le recruteur, réputation écornée dans un secteur.
Autre effet boomerang possible : la diffusion du mail par le recruteur sur les réseaux sociaux. Anonyme, la publication limite les risques de diffamation envers le candidat. En revanche, si l’entreprise devient identifiable via le profil du salarié, une question d’image peut émerger. « L’employeur pourrait demander la suppression du post s’il estime que cela porte atteinte à l’entreprise », note Ahmed Lalouani.
Enfin, à l’heure des filtres automatisés et de l’intelligence artificielle, ce type de stratégie pourrait s’avérer contre-productif. « De plus en plus d’entreprises mettent en place une présélection automatisée. Une candidature atypique peut être écartée avant même d’être lue », rappelle le juriste. Autrement dit : derrière un coup d’éclat supposé créatif et un risque pénal théorique, subsiste surtout une certitude professionnelle : celle de s’être définitivement « grillé » auprès du recruteur.
