"J'ai besoin d'un salaire" : l'appel à l'aide d'Alix, graphiste depuis 20 ans, qui perd ses clients à cause de l'IA
Il y a quelques jours, Alix Mesnier a posté sur LinkedIn un "appel à l’aide" qui n’a pas manqué de faire réagir les internautes. La quadragénaire est graphiste depuis 20 ans. Depuis 12 ans, c’est en tant qu’indépendante, via le statut d’artiste auteur, qu’elle exerce son métier. Jusqu’ici, son activité professionnelle lui permettait de dégager un revenu correct, donc de payer toutes ses factures. "J’avais des clients réguliers qui portaient des projets relativement récurrents", raconte-t-elle. Mais depuis un an et demi, ses clients la quittent les uns après les autres. Pour cette femme de 44 ans, diplômée d’une école d’arts appliqués, plusieurs facteurs expliquent ce ralentissement soudain.
La conjoncture économique, d’abord, et l’arbitrage des entreprises "davantage en faveur de leurs profits qu'en faveur de leurs salariés", estime-t-elle. Autre facteur structurel : "J’ai eu beaucoup de clients parmi les laboratoires pharmaceutiques. Or, ils se sont petit à petit fait racheter par des grands groupes, qui avaient en interne des services de communication. Leurs commandes sont devenues de plus en plus irrégulières. Ils me sollicitaient uniquement pendant les vacances ou les périodes de rush", explique-t-elle. Dernier facteur, selon elle, et non des moindres : l’arrivée de l’intelligence artificielle, notamment du logiciel boosté à l’IA Canva, "qui permet aux entreprises de créer leur marque, leur logo… à partir de templates définis", explique-t-elle.
Le comble, c’est que les clients de la graphiste lui ont demandé de créer des templates plus personnalisés sur Canva afin d’être ensuite complètement autonomes dans leur design graphique. En leur fournissant, Alix était consciente de se "tirer une balle dans le pied". "Comme je n’avais plus de projets récurrents, je n’avais d’autre choix que d’accepter", confie-t-elle. Maintenant qu’il est possible de connecter Canva avec des IA comme ChatGPT, Claude…, la freelance estime que son métier n’a aucun avenir. "J’aime mon métier, mais je sais que je ne pourrai plus l’exercer. J’ai encore quelques clients, notamment des communautés religieuses, mais leurs projets ne me font pas vivre et j’ai trois enfants de 21, 16 et 14 ans à charge", explique la mère célibataire.
Aujourd’hui, Alix estime avoir perdu 60 % de son chiffre d’affaires, qui s’élevait à moins de 30 000 euros bruts par an. La quadragénaire cherche désormais de la stabilité : un salariat, "dans le domaine du beau". Elle a envoyé plusieurs candidatures spontanées à une entreprise de design, un fabricant de lunettes… en se présentant comme un profil polyvalent. Elle a également candidaté à un poste de gestionnaire locatif au sein d’une étude notariale. "J’ai conscience que je jette beaucoup de bouteilles à la mer", sourit-elle. Suite à son post, elle a reçu plusieurs propositions de postes de gestionnaire de patrimoine. "Cela ne m’attire pas du tout et je ne veux pas aller au travail en trainant du pied. Je préfère encore me tourner vers des métiers de service qui ont du sens, comme celui d’aide à domicile."
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Selon le rapport "The Future of Jobs", édité par le World Economics Forum en 2025, le métier de designer graphique est placé en 10e position des emplois en déclin. Les menaces de l’IA sont bien réelles sur cet emploi, comme sur les autres métiers : 40 % des entreprises envisagent de réduire les effectifs lorsque l’IA peut automatiser une tâche spécifique, toujours selon le World Economics Forum. Les métiers créatifs sont particulièrement touchés : une enquête mondiale menée par la plateforme 99designs auprès de 10 000 designers freelances indique par exemple qu’en 2024, 61 % d’entre eux ont vu l’IA impacter négativement leurs revenus, contre 45 % en 2023.