On a testé pour vous l'entretien d'embauche avec une IA, et c'était bien plus sympa que prévu

On a testé pour vous l'entretien d'embauche avec une IA, et c'était bien plus sympa que prévu Fondée en 2024, VoiceHire propose aux entreprises d'automatiser leurs pré-entretiens afin de laisser une chance à tous les candidats, explique son cofondateur, Eric Phelippeau. Nous avons testé le dispositif pour Cadremploi.

ENTRETIEN EXCLUSIF
Propos recueillis par Judith Chouzenoux auprès d'Eric Phelippeau.

Mon téléphone s’est mis à vibrer quelques secondes après que j’ai cliqué sur "commencer". Au milieu de mon salon silencieux, parée de mon pyjama le plus douillet, je m’apprête à démarrer mon entretien. À l’autre bout du fil, une voix se présente : "Bonjour Judith, je suis Myriam, chargée de recrutement virtuelle. Cet appel est enregistré." Mon crash test commence : je passe un entretien d’embauche pour un poste de vendeuse chez Hyper Bureau… avec une intelligence artificielle de la plateforme VoiceHire.

L’échange est fluide, le ton neutre. Myriam, avec sa voix presque trop humaine, me demande de dérouler mon parcours. Je m’exécute : je lui raconte mes cinq ans à Sciences Po Aix, le master en journalisme… puis cette décision de tout quitter pour me reconvertir vers ma vraie passion : la vente. À l'autre bout du combiné, l’IA enchaîne sans broncher.

Elle m’interroge sur mon expérience en magasin chez Auchan, le temps d’un été, sur mes capacités à gérer une caisse. Elle me demande des précisions sur ma manière d’accueillir un client, de poser les bonnes questions pour cerner ses besoins, de m’adapter à son budget. À chacune de mes réponses, un léger temps de latence me rappelle que je ne parle pas à un humain. Mais en moins de dix minutes, l’entretien est bouclé.

Écoutez un extrait de l'entretien :

Sur le fond, rien de très différent d’un premier tri téléphonique avec un humain. Sur la forme, tout change. Pas de jugement visible, pas d’hésitation du recruteur, pas de silence gênant. Myriam pose des questions préprogrammées et ne cherche pas à me piéger. Cette artificialité rend l’exercice moins stressant qu’un entretien classique : je suis chez moi, avec mes notes à portée de main. Cela me pousse même à challenger la machine : je lui pose, moi aussi, des questions — sur le salaire que je peux viser dans l’entreprise, sur les éléments à mettre en avant pour décrocher un entretien en présentiel, ou encore sur ce qui fait, selon elle, un bon candidat. Elle y répond de façon égale et sans que je puisse vérifier la véracité de ses informations.

À peine l’appel terminé, un rapport d’évaluation détaillé — normalement réservé aux recruteurs — arrive dans ma boîte mail. Retranscription complète et audio de mon entretien, analyse de mon profil, note globale : il a suffi de quelques secondes à l’IA pour décortiquer ma prestation. Résultat : Myriam m’accorde un modeste 6,5 sur 10.

Le bilan met en avant "mon sens du service" et "ma méthode structurée", mais pointe aussi mes failles : un "manque d’expérience concrète", des "exemples parfois hors sujet", et l’absence de démonstration sur la gestion du stress ou la performance commerciale. Son diagnostic est froid, précis. Et même s’il heurte un peu ma fierté, il s’avère terriblement utile : je vois très clairement ce qui est attendu pour progresser.

"L’idée est d’automatiser cette première phase, souvent répétitive, pour se concentrer sur des entretiens plus approfondis", explique Eric Phelippeau, cofondateur et CEO de VoiceHire.

Son outil intervient en amont, comme un pré-entretien, pour trier des dizaines — parfois des centaines — de candidats, et proposer ensuite de "vrais" entretiens.

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Le fonctionnement est simple : le recruteur paramètre ses questions en fonction du poste et de l’entreprise, l’IA appelle les candidats, analyse leurs réponses et attribue un score de compatibilité. "Tous les candidats ont les mêmes questions, pour garantir l’équité", souligne Eric Phelippeau. À l’issue de ces appels, VoiceHire fournit une analyse et un classement automatique des profils, du plus pertinent au moins adapté. Les recruteurs peuvent aussi activer une option pour envoyer directement un retour aux candidats :

"L’IA analyse l’entretien et, si le candidat n’est pas retenu, lui fournit un retour clair : ses points forts, mais aussi les raisons pour lesquelles sa candidature n’a pas été retenue", explique le CEO.

Autre particularité : tout passe par le texte. "L’intonation, l’accent ou l’âge ne sont pas pris en compte", insiste le dirigeant. Un choix assumé pour limiter les biais de la machine. Et visiblement, l’expérience séduit : "À ce jour, près de 50 000 entretiens ont déjà été réalisés via la plateforme et plus de 90% des candidats se disent satisfaits", souligne le CEO.

De mon côté, il ne me reste plus qu’à attendre — en espérant que ma prestation aura de quoi convaincre le responsable d’Hyper Bureau de me convier à un second entretien. Plus humain, cette fois.

  • Eric Phelippeau : https://www.linkedin.com/in/ericphelippeau/