En France, 560 000 foyers sont éligibles à cette aide mais ne la touchent pas
Le formulaire est peut-être resté ouvert quelques minutes sur l’écran d’un ordinateur avant d’être refermé. Ou peut-être n’a-t-il jamais été rempli, faute d’information ou par découragement face aux démarches administratives. Toujours est-il que 560 000 foyers français éligibles au RSA, le revenu de solidarité active, ne percevaient pas cette aide de l’État fin 2021.
Dans une étude publiée en mai 2026, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) estime qu’entre 33% et 37% des foyers éligibles au revenu de solidarité active, soit plus d’un tiers, ne percevaient pas cette aide fin 2021. Cela représente environ 560 000 foyers, soit près d’un million de personnes vivant dans des ménages potentiellement bénéficiaires du RSA mais ne l’ayant pas perçu.
Le RSA est un minimum social destiné aux personnes disposant de faibles ressources. Il complète les revenus afin de garantir un niveau minimum de subsistance. Fin 2021, une personne seule sans enfant et sans revenu pouvait toucher jusqu’à 565 euros par mois. En mai 2026, ce montant atteint 652 euros. Mais cette aide n’est pas versée automatiquement : il faut en faire la demande et déclarer ses ressources tous les trimestres. C’est précisément là qu’intervient le phénomène de "non-recours" : certaines personnes remplissent les conditions pour bénéficier d’une prestation sociale sans la percevoir, soit parce qu’elles ignorent leurs droits, soit parce qu’elles renoncent aux démarches.
L’étude souligne que le non-recours ne concerne pas uniquement de faibles montants. Parmi les foyers non-recourants, 41% auraient pu percevoir au moins 400 euros mensuels par unité de consommation. Le premier adulte du foyer représente une unité de consommation, les autres adultes ainsi que les adolescents de plus de 14 ans comptent pour 0,5 unité, tandis que les enfants de moins de 14 ans représentent 0,3 unité.
Pour la Drees, plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène. Certaines personnes anticipent une amélioration rapide de leur situation professionnelle et jugent les démarches trop lourdes pour une aide qu’elles ne percevront peut-être que quelques mois. D’autres ne savent pas qu’elles y ont droit, notamment lorsqu’elles alternent périodes d’emploi, temps partiel ou chômage. L’étude évoque aussi le poids de la dématérialisation, les difficultés administratives, la distance avec les services publics ou encore les représentations négatives associées aux minima sociaux.
Les conséquences concrètes sont importantes. Selon la Drees, si tous les foyers éligibles demandaient le RSA, 345 000 ménages pauvres verraient leur niveau de vie augmenter de 280 euros par mois en moyenne. Parmi eux, 58 000 sortiraient de la pauvreté monétaire.
L'institut statistique évoque plusieurs pistes pour réduire le non-recours : simplifier les démarches, améliorer l’accompagnement humain, mieux informer les publics concernés ou encore développer le pré-remplissage automatique des déclarations grâce aux données administratives. Car derrière ces centaines de milliers de dossiers jamais déposés, c’est toute la question de l’accès réel aux droits sociaux qui se pose. Une aide peut exister sur le papier, encore faut-il que les personnes concernées puissent, concrètement, y accéder.