Ce salarié demande conseil pour perdre du temps au travail : la sanction peut tomber, alerte un avocat

Ce salarié demande conseil pour perdre du temps au travail : la sanction peut tomber, alerte un avocat Faire semblant de travailler n'est pas forcément répréhensible, note Henri Guyot, avocat en droit du travail pour Cadremploi. À condition de ne pas tomber dans l'abus manifeste.

ENTRETIEN EXCLUSIF
Propos recueillis par Judith Chouzenoux auprès de Me Henri Guyot.

Il est 10h17 dans un open space saturé de claviers et d’écrans observés du coin de l’œil. Entre deux dossiers, un salarié en CDI lève les yeux, soupire… et ouvre discrètement une discussion sur le forum Reddit. Sa question est simple : comment perdre du temps sans se faire sanctionner ?

Employé depuis près de quatre ans, l’internaute décrit une entreprise aux pratiques “à la limite des prud’hommes”. Pas d’augmentation, pas d’évolution, mais un contrôle constant de son activité. Dans son open space, explique-t-il, les écrans sont visibles, la plupart des sites Internet inaccessibles et le micro-management omniprésent.

Alors, il compose. Pauses café à rallonge, passages fréquents aux toilettes avec son téléphone, discussions prolongées sur la messagerie interne… Des micro-échappatoires qu’il assume et cherche même à optimiser "pour profiter au maximum de sa journée sans se prendre un blâme".

Très vite, les réponses affluent sous son post. Certains internautes lui suggèrent d’écouter des podcasts discrètement, d’autres de lire ou même de suivre des formations en douce. L'un conseille de s’entraîner à la dactylographie pour “faire semblant de travailler”, quand un autre évoque des pauses toilettes “plus rentables”. Entre humour et cynisme, ces échanges dessinent toutefois une réalité : celle de salariés qui bricolent avec leur temps pour tenir.

Mais derrière ces pratiques, le risque juridique est bien réel. “Tout repose sur la notion d’utilisation raisonnable des outils professionnels”, rappelle l’avocat en droit du travail Henri Guyot. “Envoyer un message personnel ou réserver un billet pendant une pause ne pose pas de problème. En revanche, dès que l’usage devient excessif, on bascule dans une utilisation déraisonnable.”

Même logique pour le rythme de travail. “Un salarié peut décider de lever le pied. Mais si cela affecte la qualité ou la quantité du travail fourni, l’employeur est en mesure d’exercer son pouvoir disciplinaire, voire d’aller jusqu’au licenciement”, précise-t-il. Peu importe l’intention : seul le résultat compte.

Face à ces stratégies, les moyens de contrôle de l’employeur sont larges. Accès aux connexions, historique de navigation, messageries professionnelles : tout peut être analysé, à l’exception des messages identifiés comme personnels par le salarié. Quant aux pauses, elles ne sont pas illimitées : les passages aux toilettes sont inclus dans le temps de pause global. Pris isolément, ils peuvent néanmoins devenir problématiques en cas d’abus manifeste.

Reste une zone grise, celle du contexte. Car ces stratégies ne naissent pas toujours par opportunisme. “Les abus d’un côté entraînent souvent des abus de l’autre”, nuance l’avocat. Un climat dégradé peut pousser certains salariés à décrocher — sans pour autant commettre clairement une faute.

Finalement, cette quête de “temps volé” illustre un équilibre fragile. Tant que l’usage reste raisonnable et que le travail est fait, la tolérance existe. Mais dès que la ligne est dépassée, la sanction peut tomber. “Sur ce type de sujet, cela devrait avant tout se gérer avec du bon sens entre employeur et salarié”, conclut-il.